5 réflexions sur “LIBRE A CORDE

  1. Voeux simples
    Cécile Sauvage

    Vivre du vert des prés et du bleu des collines,
    Des arbres racineux qui grimpent aux ravines,
    Des ruisseaux éblouis de l’argent des poissons ;
    Vivre du cliquetis allègre des moissons,
    Du clair halètement des sources remuées,
    Des matins de printemps qui soufflent leurs buées,
    Des octobres semeurs de feuilles et de fruits
    Et de l’enchantement lunaire au long des nuits
    Que disent les crapauds sonores dans les trèfles.
    Vivre naïvement de sorbes et de nèfles,
    Gratter de la spatule une écuelle en bois,
    Avoir les doigts amers ayant gaulé des noix
    Et voir, ronds et crémeux, sur l’émail des assiettes,
    Des fromages caillés couverts de sarriettes.
    Ne rien savoir du monde où l’amour est cruel,
    Prodiguer des baisers sagement sensuels
    Ayant le goût du miel et des roses ouvertes
    Ou d’une aigre douceur comme les prunes vertes
    À l’ami que bien seule on possède en secret.
    Ensemble recueillir le nombre des forêts,
    Caresser dans son or brumeux l’horizon courbe,
    Courir dans l’infini sans entendre la tourbe
    Bruire étrangement sous la vie et la mort,
    Ignorer le désir qui ronge en vain son mors,
    La stérile pudeur et le tourment des gloses ;
    Se tenir embrassés sur le néant des choses
    Sans souci d’être grands ni de se définir,
    Ne prendre de soleil que ce qu’on peut tenir
    Et toujours conservant le rythme et la mesure
    Vers l’accomplissement marcher d’une âme sûre.
    Voir sans l’interroger s’écouler son destin,
    Accepter les chardons s’il en pousse en chemin,
    Croire que le fatal a décidé la pente
    Et faire simplement son devoir d’eau courante.
    Ah ! vivre ainsi, donner seulement ce qu’on a,
    Repousser le rayon que l’orgueil butina,
    N’avoir que robe en lin et chapelet de feuilles,
    Mais jouir en son plein de la figue qu’on cueille,
    Avoir comme une nonne un sentiment d’oiseau,
    Croire que tout est bon parce que tout est beau,
    Semer l’hysope franche et n’aimer que sa joie
    Parmi l’agneau de laine et la chèvre de soie.

    Cécile Sauvage, Tandis que la terre tourne

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        • Etendu la tête au ventre, j’ai rêvé, mille et une nuits où seul ton visage se montrait d’un jour autre, quelles senteurs cet été porte en lui, son premier drap a étreint mon dos pour en jeter la douleur loin de tes vallons…
          Pour toi ma Barbara…

          Beauté, dans ce vallon

          Beauté, dans ce vallon étends-toi blanche et nue
          Et que ta chevelure alentour répandue
          S’allonge sur la mousse en onduleux rameaux ;
          Que l’immatérielle et pure voix de l’eau,
          Mêlée au bruit léger de la brise qui pleure,
          Module doucement ta plainte intérieure.
          Une souple lumière à travers les bouleaux
          Veloute ta blancheur d’une ombre claire et molle ;
          Grêle, un rameau retombe et touche ton épaule
          Dans le fin mouvement des arbres où l’oiseau
          Voit la lune glisser sous la pâleur de l’eau,
          Ô silence et fraîcheur de la verte atmosphère
          Qui semble dans son calme envelopper la terre
          Et t’endormir au sein d’un limpide univers,
          Ô silence et fraîcheur où tes yeux sont ouverts
          Pour suivre longuement ta muette pensée
          Sur l’eau, dans le feuillage et dans l’ombre bercée.
          Immortelle beauté,
          Pensée harmonieuse embrassant la nature,
          Endors sereinement ton rêve et ton murmure
          Au-dessus des clameurs lointaines des cités.
          Le monde à ton regard s’efface et se balance
          Autour de ces bouleaux pleureurs
          Et l’hymne de ton âme infiniment s’élance
          Dans l’insaisissable rumeur.

          Vallon, pelouse, silence
          Où l’ombre vient s’allonger ;
          Une pâle lueur danse
          Et de son voile léger
          Effleure ta forme claire
          Sur qui rêvent les rameaux
          Et le mouvement de l’eau
          Paisible entre les fougères.

          Cécile Sauvage, Le Vallon

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