CHAOTIQUES CHUCHOTEMENTS


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CHAOTIQUES CHUCHOTEMENTS

Ô, vociférations exacerbées teintées d’aliénation férocement dégueulées, sur ce parchemin de fortune si futile, dans une gerbe de vers déliés ô combien dérisoires;

Consécutives à la profanation de ces rituels initiatiques saugrenus, soumis au mysticisme pestilentiel de ces louanges blasphématoires;

Provoqueriez-vous donc ces chuchotements chaotiques, à l’instigation de ce recul impératif, à cette âme rebelle exaspérée par cet iconoclaste rédhibitoire;

Pour en confondre la perversion eschatologique alliée à cette sarcastique perfidie: de cette atmosphère démentielle, les reines absolutoires???!!!

« Chaotiques chuchotements »
Joh Hope
16.05.2013

Extrait de:

 » Confidentielle dissidence »

IDOLE


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IDOLE

Idole devenu d’adorateurs d’idiots,

Monsieur
Machinouti n’aime pas les poètes:

Je vous entends venir avec vos gros sabots.

Ces fieffés paresseux, il faut qu’on les étouffe.

A quoi sert, à quoi rime, à quoi vise après tout

ce sifflotis d’oiseaux de pluie au bord du toit?

D’avoir atomisé
Madame
Chrysanthème

Monsieur
Machinouti yoyote de la touffe:

Saperlipopotame,
Saperlipopoète,

Monsieur
Machinouti, c’est son droit le plus strict,

préfère le confort du fauteuil à roulettes

aux desiderata de ces joueurs de flûte.

Faut se dépatrouiller de tant d’entourloupettes,

et non pas cultiver comme un plant d’artichauts

le goût de l’apocope et de l’anacoluthe.

Saperlipopotame,
Saperlipopoète,

le
Belge est fait du bois dont on fait les trompettes,

le
Belge est fait du bois on fait les gibets.

Idole devenu d’adorateurs d’idiots

Monsieur
Machinouti yoyote de la touffe.

Adieu, plus n’écrirai
Herbier ni
Melonnière.

Monsieur
Machinouti fait un trou à la lune.

Monsieur
Machinouti prend la fille de l’air.

La femme de l’huissier en est toute saisie.

Adieu, plus n’écrirai
Herbier ni
Melonnière

car le fruit du poète a le goût de l’aveu.

Paul Neuhuys

NOTRE COULEUR DE SIGNES


 

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NOTRE COULEUR DE SIGNES

 

Bruit de train dans un clapotis de vagues suivant la route montagneuse du bord de mer, c’est toi qui corniche. Calanques au miroir mis en plongée.

Tu sors d’un roux issu du mortier des ocres, ceinte victoire, vert de pomme ambré de sienne Cézanne

l’accent perdu d’une montagne brûlée au bûcher religieux cendre au cep tordu partageant la rage pacifiste de l’olivier. Ô douleur du tronc qui sève à la veine de sécheresse

L’argent du feuillage crachant sur celui du fric

Rose-sanguine bruni qui vulve gueule ouverte

Tirés du sommeil végétatif des tons déplacés de certaines confusions de langages, les jaunes grimpent au treillis, entourent la tonnelle et se font la rame d’un terre-neuva aussi alerte à la godille qu’au lancé de harpon

Chrome et cadmium adoubés

Ta peau offre sa blancheur au brun de ton épineux. Vagabond comme un vol de passereaux se posant des dalles aux branches

Pâleur où le bleu des veines pose en épandage son réseau d’adduction

Nous sommes le pigment pur de l’expression intime. Rangez vos tubes et crayons ce que notre extrayant végétal en nous minéralisant ne peut avoirde commun avec tout superlatif pompeux, l’accent marchand d’une quelconque flagornerie

et encore moins de donner à quiconque l’idée saugrenue de se mettre au monde en qualité de superstar élue

La couleur est à la poésie la richesse offerte sans limites par l’esprit de métaphore…

 

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2016/03/nicolas-pesqu%C3%A8s-la-face-nord-de-juliau-treize-%C3%A0-seize-par-ang%C3%A8le-paoli.html

 

Niala-Loisobleu – 13 Juin 2018

 

 

 

 

 

UN JARDIN A L’AUBE


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UN JARDIN A L’AUBE

O géraniums, ô digitales… Celles-ci fusant des bois-taillis, ceux-là en rampe allumée au long de la terrasse, c’est de votre reflet que ma joue d’enfant reçue un don vermeil. Car « Sido » aimait au jardin le rouge, le rose, les sanguines filles du rosier, de la croix-de-Malte, des hortensias et des bâtons-de-Saint-Jacques, et même le coqueret-alkékenge, encore qu’elle accusât sa fleur, veinée de rouge sur pulpe rose, de lui rappeler un mou de veau frais… A contre-cœur, elle faisait parte avec l’Est : « Je m’arrange avec ..lui, » disait-elle . Mais elle demeurait pleine de suspicion et surveillait, entre tous les cardinaux et collatéraux, ce point glacé, traître, aux jeux meurtriers. Elle lui confiait des bulbes de muguet, quelques bégonias, et des crocus mauves, veilleuses des froids crépuscules.

Hors une corne de terre, hors un bosquet de lauriers-cerises dominés par un junko-biloba – je donnais ses feuilles, en forme de raie, à mes camarades d’école, qui les séchaient entre les pages de l’atlas – tout le chaud jardin se nourrissait d’une lumière jaune, à tremblements rouges et violets mais je ne pourrais dire si ce rouge, ce violet dépendaient, dépendent encore d’un sentimental bonheur ou d’un éblouissement optique. Étés réverbérés par le gravier jaune et chaud, étés traversant le jonc tressé de mes grands chapeaux, étés presque sans nuits… Car j’aimais tant l’aube, déjà, que ma mère me l’accordait en récompense: J’obtenais qu’elle m’éveillât à trois heures et demie, et je m’en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues.

A trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par mon poids baignait d’abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps… J’allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C’est sur ce chemin, c’est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d’un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion…

Ma mère me laissait partir, après m’avoir nommée  » Beauté, Joyau-tout-en-or « ; elle regardait courir et décroître – sur la pente son oeuvre –  » chef-d’ceuvre « , disait-elle. J’étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temp-là ne sont pas toujours d’accord… Je l’étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu’à mon retour, et de ma supériorité d’enfant éveillée sur les autres enfants endormis.

Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d’avoir mangé mon saoul, pas avant d’avoir dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l’eau de deux sources perdues, que je révérais L’une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L’autre source, presque invisible,, froissait l’herbe comme un serpent, s’étalait secrète .au centre d’un pré où des narcisses, fleuris en rende, attestaient seuls sa présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe… Rien qu’à parler d’elles je souhaite que leur saveur m’emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j’emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire…

Colette (Extraits de : Sido)

Sautant la barrière, le bois me tendait les ronces, les taillis, les crottes de lapins et le murmure des ailes, je m’y glissais, le vélo en bandoulière et la poche battant le caillou…

-Où vas-tu ainsi me demanda une naïade sortant de la rivière ?

  • Prendre mon peint avec toi, lui répondis-je

N-L 13/06/18

Telle douce


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Telle douce

 

Telle douce et entêtante
à ma porte
l’odeur des brebis

les mêmes mots vont
et reviennent, les autres
jamais, les mêmes

s’aiguisent se lacent
et se perdent

dans la chair
dans le drap du mort

j’étais dieu dans le feuillage

la membrure de l’ordinateur
a mis le phallus en croix

tel le souffle expulsé
du mufle d’un taurillon

tel l’effritement du pied
dans la mer.

Jacques Dupin

L’entêtement stupide d’un ciel qui a cassé le gouvernail échoue au soleil

les remugles d’un ratage ondulent sur le début des parties claires

pourtant rien ne montre d’à priori dans l’idée que ton sabot résonne

je suis rentré à ton école en auditeur-libre, tu peux allumer les chansons d’amour aux élèves je ne parlerai que d’oreilles

les cornes laissent que le temps de pose aux pages, nous nous sommes pas finis de lire…

Niala-Loisobleu – 13/06/18