Martainville par Allain Leprest


Martainville par Allain Leprest

Viens, on fait un feu de cageots
Qu’on y jette fleurs et couteaux
La table, le vin, la bouteille
Les jours de fion, les soirs sans paye
Une valse, un tango, un twist
Un bras d’honneur et un vieux christ
Une bille, un ciel de marelle
Marabout et bout de ficelle

Oh l’étoile, pourquoi tu brilles
Sur Martainville?
Tu peux éteindre l’abat-jour
Sur le faubourg
On a pendu l’accordéon
Sur un réverbère au néon
On a tranché les marronniers
Du vieux quartier

Ca flambe toujours dans la cour
Qu’on y jette sang et velours

Les fringues et les trous de nos vestes
Jetez-y l’armoire et l’horloge
Les deux bras, le ventre et la gorge
Le buffet, la rue, le trottoir
L’important et le dérisoire

Oh l’étoile, pourquoi tu brilles
Sur Martainville?
Tu peux éteindre l’abat-jour
Sur le faubourg
On a pendu l’accordéon
Sur un réverbère au néon
On a tranché les marronniers
Du vieux quartier

Mets ce que tu veux dans la braise
Mets-y le pupitre et les chaises
Une craie, un baiser d’amour
Une gifle aller et retour
Juin, juillet, août et les dimanches
La rancune et l’indifférence
Les chevaux de bois du manège
Les poignées de sous et de neige

Oh l’étoile, pourquoi tu brilles
Sur Martainville?
Tu peux éteindre l’abat-jour
Sur le faubourg
On a pendu l’accordéon
Sur un réverbère au néon
On a tranché les marronniers
Du vieux quartier

Y a encore un peu de fumée
Jette ce qui reste aux nuées
Les dominos, les dés, les brèmes
La haine, la peine et la Seine
Les perdus, les morts, les vivants
Le printemps, la pluie et le vent
Le beau bûcher, les belles flammes
Le beau soir, le beau feu de larmes

Oh l’étoile, pourquoi tu brilles
Sur Martainville?
Tu peux éteindre l’abat-jour
Sur le faubourg
On a pendu l’accordéon
Sur un réverbère au néon
On a tranché les marronniers
Du vieux quartier

 

Quand la peinture et les mots se répondent…Entité.


Les chemins de chèvres-feuilles ont des à pics aux parois lisses
les petits patins font les mots de grimpante qui accrochent une certaine odeur
comme si les paumes retrouvant le jardin égaré
avaient d’un revers battu le serpent au filet

L’accord exige l’oreille musicale
pour la tessiture d’un haut-de-contre capable de passer dans la minute qui suit, au grave d’un spiritual négro brisé sous la balle de coton

Tu l’as en la, lalala là

Surréaliste qui a le rêve en ailes en pied-de-nez au canon pointé nuit et jour
il y eut des camps d’on on ne revînt que libres au départ d’une transcendance surhumaine
vivant parmi les morts
Belle à la Duras

Du verger je me fis jardinier-peintre pour me suspendre à la ballade des peints dus
pulpe et suc
en un …
N-L

Lire dit-elle

Voici ma cinquième collaboration avec le peintre Niala-loisobleu.

p1050577Entité – 2018 – Niala – Acrylique s/Canson, encadré s/verre 30×40

Une époque comme on n’en vit jamais

de fruits mûrs se tenant loin

des saisons et des capricieuses lunaisons.

Une époque à cueillir au sang frais

du matin les pommes rouges qui murmurent

À la caresse d’un ventre toujours en été.

Les bras de la nuit en corps d’orchestre

redonnent le sucre délectable aux gestes

généreux des récoltes et délestent

du laborieux accord des instruments

Qui trop vite au gourmand s’empressent

Et à l’écorce de l’épaule arrachent et blessent

Sans redistribuer la framboise

Au tambour du jardin suspendu.

Et à la toile et à l’enfant et à l’oiseau

Sur l’oreiller d’une branche là-haut

Qui tient du printemps les promesses

Ce sont des rêves de myrtilles et de grenades

Provisions

À profusion et loin des tumultes

Le peintre qui s’apaise comme on exulte

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ENTITE


P1050577

ENTITE

 

Voici L’EPOQUE,

les numéros t’âges ont disparus, chaque oeuvre n’est que POESIE de la Muse.

Vie qui se balance au cerf-volant du soleil

mille et un rubans en rayons

Verger des paisibles récoltes,

un arbre foudroyé demeure debout.

Le dos du jardin fait le gros coteau. Le ventre qui palpite a poussé ses fruits à travers la caresse de l’herbe. La toison exhale son en sang,  en volutes parfumées.

Niala-Loisobleu – 18 Mars 2018

 

 

GESTE(S) DU JOUR — (EXTRAIT)

Matrice de la nuit, les yeux clos te regardent,
l’univers est un vol de poussières
expectorées du temps, là-bas sur les frontières
se brisent les vagues
des Hommes sans voix, ce sont
les pipistrelles
qui mangent les ombres
suintant des miroirs, et me voilà
envie,
désir d’accompagner les femmes
les enfants
vers d’autres
balançoires – que la vie tangue,
ventre de houle. Le chagrin
se fera cuir, crachin
sur l’écorce
des vaisseaux.
Nuit, que viens-tu dévoiler
qui ne soit
volatile,
quelle fleur
en ton soleil ?
Me voilà
dissous dans le café
que l’aube sucre déjà.
Des miettes de pain
sur le visage.
Le jour se fend
d’une insolente
clarté.

Il n’y a plus de nuages. Plus d’éclairs plus de ciel.
Ce que nous lègue l’aurore, c’est, en chaque lieu,
la présence de la vie
verticale.
Mon corps est cet arbre
sur lequel
s’ancrent les mousses
les lichens et les vents –
tout un passé qui croît en sa demeure,
Les jardins sont des pages,
des écritures sarclées ;
je préfère le désordre
en jachère –
l’espoir y est plus grand.

La foule dans le métro est une entité secrète ;
derrière chaque visage s’obscurcissent des paroles
que le jour tente de percer.
Les quais ont une odeur de lente réalité
où se heurte l’empressement du désordre.
Il faut choisir entre les lignes,
savoir prendre la bonne trame,
que le transport se fasse
par le hasard de la nécessité. À ce sujet
je n’ai qu’un seul regret : les saccades
et autres secousses – de plus en plus rares –
comme si
la vie devait rouler se dérouler
dans un mouvement
sans valse…
Et que faire
de tout
ce qui déraille ?

Toutes les rues ont une destinée,
ne sont que passage,
traversée
où tenants et aboutissants se rejoignent
dans un même entrelacs. Je
circule
entre le désir et l’errance,
avec dans mes pas la volonté de me perdre
là où les femmes surprennent
ce qui ne se dit pas.
Regardez comme les toits
sont les planchers du ciel,
comme l’asphalte
recouvre
ce qui est tu.
Partez plus loin que la raison –
allez donc voir
tous ces oiseaux
sans ailes…

Le piéton de la ville déplace son regard dans la lenteur du jour.
Chaque pas est une seconde
dans un premier temps,
un mètre déployé
par une pensée en marche ;
chaque pas s’en va
vers la face qui nous crée.
Et je m’en vais tranquille
au plus près des façades,
derrière lesquelles se vautrent
de nouvelles ombres, furtives –
comme est furtif
le mot. Je marche
en une phrase
qui traverse
les saisons.
L’allure est un écho,
au timbre
imperceptible.

Les trottoirs, souvent, s’inscrivent comme des pages
dans un livre de grêle ou de printemps.
Des vendeurs à la sauvette s’y déploient
dans des cris de mouettes ou d’échassiers ;
on y trouve ainsi des montres et des miroirs,
du temps furtif, et de la fantaisie ;
le jour s’échappe à l’approche du gendarme ;
on y trouve des pensées, subitement gaillardes ;
des gestes incongrus qu’il faudrait disséquer ;
de la moelle
dans les mots des passants.
Les trottoirs, parfois, sont les toits où s’abritent
ceux qui n’ont plus de toit, plus de porte à franchir,
sinon celle qui les porte
vers les seuls courants d’air ;
trop souvent les trottoirs nous soufflent
l’arbi-
traire – la vie
qui passe,
dévêtue
livide,
épluchée —
jusqu’au sang.

Alors même que le trafic s’accroît,
que les artères se sclérosent, que les
carrefours tournent en rond : je débarque.
Des pigeons roucoulent
comme des vagues
sur mon regard breton. Il paraîtrait
que les places
ont toujours été prises ; que le vide
s’est occupé
des demandes sans réponses –
l’espace n’a d’infini que ses propres limites.
Parce qu’il faut traverser
au risque
de se faire aplatir,
je baisse les paupières –
jusqu’à la nuit
tombée.
Un klaxon vrombit ;
il est temps…
d’espacer.

Le fleuve traverse la ville sous des clartés latentes ;
ses eaux miroitent l’obscur passé des pierres ;
et ce futur qui nous attend
dans l’embrasure du ciel.
Quelques nuages, lourds de souillures,
annoncent une pluie, âcre,
comme de l’acide.
Il y a des feux qui réchauffent,
d’autres qui consument.
Dans la bouche
une odeur de pétrole
brûle
mes mots.
Des lettres
se pétrifient.
Déjà.

La pente, ce n’est jamais qu’un plan qui tangue,
tantôt vers le haut, tantôt vers le bas.
C’est bien pourquoi – je monte les rues qui descendent,
comme je dévale celles qui grimpent – le sommet n’est qu’illusoire.
Et mes pas m’entraînent où la vie fait le tango ;
ganchos et boleos, colgadas et sauts ; la vie s’improvise
au gré de l’inclinaison du corps
par rapport à l’horizon. L’horizon
qui se décline selon ta vue,
dans les limites
des contours
de ta chorégraphie
pensante –
chaque pas
soulève de la poussière :
c’est ainsi que tangue
le temps.

La mémoire des villes
sourd
de la pierre,
comme un jaillissement
reclus
dans son silence.
J’ai pesé sur mon ombre
autant qu’il est possible,
et des esquilles
se sont plantées dans mon miroir.
La ville, par son squelette,
fait un bruit de charpentes
crissant
sur la chaussée,
où beuglent
tous les encom-
brements.
C’est l’intestin qui stase,
les boyaux qui s’embarrassent,
le flux
dans les artères : stoppé !
La nuit même
retient
ce qui circule –
dans nos échos
de pierre.
Le pour, le contre,
j’ai pesé
leur devanture.

Encore combien de portes
nous faudra-t-il pousser
avant de découvrir
la bonne adresse ?
Je cherche à saisir
ce qu’il y a d’imprenable
dans le cœur de la ville ;
et je claudique de bar
en zinc,
tel un crabe
soûlé
des effluves marins.
Les caniveaux
ne charrient plus
les miasmes d’antan :
ils se font balayer,
ainsi que les migrants, les parias, les putains –
que le bourgeois
puisse ballonner
en paix !
Je n’ai d’autre fortune
que des mots rapiécés ;
ce sont eux.
qui frappent
à votre porte.
Sachez !

Les femmes, voilées de leur mystère,
n’ont besoin de parures
que pour dire qu’elles sont nues.
J’aime ce qui se cache
dans l’éclat
de la lumière ;
ce qui se
dévêt
par les paroles obscures ;
l’affrontement des signes,
par les pleins et les déliés.
Le cliquetis
des escarpins
dans la nuit
débottée
de la ville :
petite averse
érotique,
sur le cœur
infini.

La route, il nous faudra la prendre
par un matin sans bruine ;
que nos pas se dispersent,
loin, devant les lueurs de la ville ;
qu’il y ait un autre cheminement
parallèle aux vertiges,
s’écartant des sentiers trop battus
et des terres trop civiles ;
il nous faudra la prendre,
avant que le gel nous saisisse,
que l’ankylose
s’empare de nos rides,
que les racines nous tirent
vers le néant.
Je monte l’escalier
de la Butte Montmartre ;
mon regard, déjà, s’en est allé
par delà
toutes
les
périphéries –
du monde.
Il nous faudra…
l’apprendre.

Le corps des femmes, les corps de femme : j’aime !
Il n’y a pas d’autre écriture possible
que celle
de l’enlacement des formes.
L’ordinateur bourdonne. Par la fenêtre,
captation des murmures de la nuit. J’aime !
Un jour j’écrirai
ce qui retient les mots,
ce qui les tord et les délivre.
La ville
est un orgasme
sans fin.
Peut-être
n’y a-t-il pas d’équilibre ;
juste quelques bras
qui s’ouvrent –
et nous retiennent.

Le chemin, ce qu’il nous montre des perspectives, ne provient-il pas des ombres du regard ? Le réel, si tenté qu’il existe, s’appuie sur le contraste, bien plus que sur le flux. Tous les ondes, les corpuscules achoppent sur la mémoire des formes, sur ce qui nous sculpte, dans l’air du temps. Nous ne percevons que quelques angles des multiples facettes qui s’exposent ; les autres nous sont contés par l’imagination.
Le goût du café
est comme un goût de vivre,
je l’apprécie
même sous les ciels sombres.
Et la ville, par ses bouffées capricieuses,
me renvoie
dans la petite enfance,
là où l’espace
est encore
dans les mains,
et peut-être
dans la gorge.
Je chante :
ainsi je marche.

Daniel Leduc

 

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Entité – 2018 – Niala – Acrylique s/Canson, encadré s/verre 30×40

LE POÈTE EST UN PEINTRE


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LE POÈTE EST UN PEINTRE

Écrivain, peintre et dessinateur,
Je peins des mots sur votre âme
De ma plume dessine des cœurs.
En des sons aussi je les anime,
Évanescents, aériens, frivoles.
Ils sont là, s’étirent, s’enroulent
Au plus profond de chaque être
Où ils dispensent dans l’éternité
Paix, joie, allégresse et transport.
Guirlandes, confettis et lumière:
Avec ceux qui chantent les mots
N’est-ce pas une féerie sans fin?

LOUISON Jacqueline Quentin

 

Lèvres en couleurs

le baiser

pose son empreinte…

 

N-L – 18/03/18