JE N’AI SU QU’HÉSITER


JE N’AI SU QU’HÉSITER

Marguerite Yourcenar

 

Je n’ai su qu’hésiter; il fallait accourir;
Il fallait appeler; je n’ai su que me taire.
J’ai suivi trop longtemps mon chemin solitaire;
Je n’avais pas prévu que vous alliez mourir.
Je n’avais pas prévu que je verrais tarir
La source où l’on se lave et l’on se désaltère;
Je n’avais pas compris qu’il existe sur terre
Des fruits amers et doux que la mort doit mûrir.
L’amour n’est plus qu’un nom; l’être n’est plus qu’un nombre;
Sur la route au soleil j’avais cherché votre ombre;
Je heurte mes regrets aux angles d’un tombeau.
La mort moins hésitante a mieux su vous atteindre.
Si vous pensez à nous votre cœur doit nous plaindre.
Et l’on se croit aveugle à la mort d’un flambeau.

Marguerite Yourcenar

PARFOIS L’OISEAU


PARFOIS L’OISEAU

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Parfois l’oiseau qui a traversé l’océan, Épuisé, sans un cri, en vue des grèves tombe ;
Mais, lui, qu’il a crié d’un long gémissement
Quand son flanc délicat heurta le bord du monde !

Le ressac l’a roulé, les lames l’ont battu.

Il chassa sous le vent comme une feuille morte.

Le printemps a revu son dur squelette nu

Comme un fantôme froid sur la douceur des tombes.

Épaves, revenues, lourdes, dans le jusant,

Souvenirs surnageant tout un grand gouffre d’ombre,

Maintenant, dans le feu, renaît, étincelant,

Son blanc vol de voilier sous la lumière blonde.

Pâles océanies, orients de rubis,

Ô mirages éclos dans l’étambot qui brûle,

Torches bleues des goudrons, si vertes
Tahitis,

Tout ce qu’un vaisseau suit aux mondes qui reculent.

Toi,
Tasmanie, et vous, baleiniers d’Eoa,

Spirales diaprées qui montent des peintures.

Et toi, ces miniums qui se tordent,
Java,

Terre de cuivre et d’or, folles fièvres qui durent,

Les cymbales, les fruits, les pierres, les anneaux,

Les claires draperies sur les torses de bronze,

Vos éblouissements de toujours, matelots,

Et la mer qui blanchit sur la coque qui sombre,

Ce sont ses jours, ses nuits de voilier s’envolant,

Ses jours de dure mer et de bonace longue

Et cet enivrement de savoir sous le vent

Tout un vierge inconnu dans l’infini du songe !

Guy Lavaud

L’ECOLE BUISSONNIERE


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L’ECOLE BUISSONNIERE

 

Les pensées dromadaires, à plusieurs bosses, tanguant d’avant en arrière et sur les deux côtés, j’avance, stationne, recule. Du béton dans le bulbe et la corne de brume qui l’arme au fur et mesure pour tenir vaille que vaille. Relever sans cesse la hauteur d’eau sous la quille, en jetant de la proue la pige, ça peut expliquer le mal de dos. Quand la partie chiante du colon veut cancériser la navigation, pas facile de tenir la barre en ligne droite. On fait des lofts intestinaux. Il était, non je suis réponds-je. Seulement privé par le momentané d’une circonstance contraire au plein accès à cet absolu qui ne fait pas défaut.

Des maladies il y en a de toutes les formes, leur point commun elles attaquent la forme. Plus tu pompes et moins tu sors, il n’empêche que seul l’esprit shadock aspire au vides. Le filon que l’amour a, enrichit sans rapporter matériellement. Je pense souvent dans les champs de trèfle  à quatre-feuilles du chemin des Dames, a tous les poilus qui ont leurs os à côté du rêve qu’ils faisaient quand la tranchée s’est refermée sur eux. La contradiction étant la base de ce monde, on peut penser que l’orgasme le plus fort se passe dans la mort-subite, qui ne vous reprend pas la jouissance que vous étiez en train de vivre juste avant de mourir. Non pas que j’ai envie de l’essayer. Non sortir tout baveux du ventre, je crois que si j’avais à choisir je prendrai cette formule là. On peut rester collés, ça tente mon côté chien.

  • Un peintre comme Niala ça représente quoi ?
  • Mais tout banane…
  • Si tu me disais la poésie est -ce une utopie, ce serait aussi con que 608 abonnés et pas de commentaires.
  • Regarde dans quelle absence tu vis, et fais plus ton brouillon de thèse sur la construction de la vie

Dans le rapprochement de l’idée d’avoir existé je pense que l’Art est l’exception qui a laissé sa trace.

Raison du plus fou laissant l’adulte aussi spontané que l’enfant.

Elle est mienne c’t’idée là, Maîtresse le sait si bien , qu’elle me gave pas de grammaire mathématique. J’ai ma place dans le tracé de marelle sous le marronnier de la cour, juste devant le petit portail qui ouvre sur l’école buissonnière. Ma chambre d’amour.

Niala-Loisobleu – 08/03/18

POULS


 

P1050557 - Copie

 

POULS

 

Pourtant

Pourtant

Partout

Des fleurs poussent au filet et au fusain de pièges de papier et les mots peints parcheminent des profils trop épris de pourtours flous

Reprisent

Encore

À la poitrine féroce et lourde la forme et le fond défiant le feu-follet de la peur

Pouvoirs

Pour voir

Aux poumons de peu à la proue poreuse qui répond épouse repousse retient

Respire

Palimpseste de la joue épanchée à l’épaule en aparté pour recoudre le fil fendu des pluies fauves affolées poursuivant promettant persiflant en pure perte et

Permettent

Au pied effaré

la fuite

la refonte

Par la porte

La fenêtre

Ou le ponton

 

Barbara Auzou.

 

Illustration: POULS – 2018 – Niala – Acrylique s/Canson, encadré s/verre 40×50