Et vous ?


Malmené depuis 4 jours, hospitalisions, transfert en CHU

et examens alarmants concernant mon épouse j’entends dans l’embrouillamini de diagnostics divers :

« Mais Madame si vous ne faites pas votre âge…vous avez 79 ans »

Après m’être traîné de droite à gauche pour aider, je tombe épuisé par les derniers coups de ce jour qui pleuvent sans vouloir s’arrêter, n’osant pas me demander mon âge…

N-L – 03/03/18

9 réflexions sur “Et vous ?

  1. Reste le seul battement
    D’une minuscule agonie désirable
    Dans les hauts jardins refermés.

    La scansion de l’affreux murmure te dégrade:
    Ecourte ta journée, enterre tes outils.

    Jacques Dupin

    Des grands oiseaux blessés dans le soir insipide, l’inscription, la douleur s’eefacent.Le ciel s’agrandit comme une rumeur et se laisse franchir.

    Jacques Dupin encore.

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    • Je ne me plains de rien, ce n’est pas moi qui est à plaindre, je fais ce qui est mon devoir sans y redire. Mais quand trop, c’est trop, depuis ce matin ça tombe en cascade…alors, il faut jeter l’inutile le plus loin possible de soi.
      Merci Barbara.

      DÉCHAÎNEMENT

      Il aurait mieux valu que le monde ne fût pas

      que la race reportât ses ébats à une autre soirée

      que le seigneur et maître fût fatigué cette nuit-là

      que la terre fût déprimée

      que quelque chose se produisît pour que la semence

      coupât court à elle-même

      la semence dont le descendant

      est ce résident de la maison des tourments

      celui-là même

      auquel le ciel n’a accordé que la tunique du feu

      qui dévore maintenant ses membres

      celui-là qui tente en vain de radoucir la nostalgie

      de l’ombre sienne, que nul verre ne révèle

      et nuls brasiers de la parole n’éteignent

      En vain affronte-t-il l’envie de l’origine

      qu’il a confiée au fleuve

      En vain maudit-il les gardiens de la terre

      et du ciel qui, précédés par les flammes

      ont investi un à un et en groupe l’Acropole

      Vieilli.
      L’âge que sa joue arbore a alourdi ses pas
      Vieilli, il interroge sept cieux et une nuit sourde : passera-t-il une vie de sagesse, la gaspillera-t-il ?
      Se l’ôtera-t-il ?

      Brûlera-t-il ses noms ou se crèvera-t-il les yeux et deviendra-t-il pour le fleuve un ami ?

      Aimable.
      Il boit son dernier verre
      Pas de patrie où se prémunir contre les avanies et pour seule demeure l’étonnement.
      Aimable il soulève haut sa poitrine et crie : Ô mon
      Dieu prête-moi une plus longue vie afin que je boive cette coupe jusqu’à la lie

      Pieux.
      Tantôt il atteste que la sagesse est son viatique et la folie un nuage fatigué tantôt la folie devient sa monture et voilà qu’il égorge la sagesse au seuil de la
      taverne désertée

      Obstiné. déclare l’ultime guerre à son ombre.
      Il ouvre

      un autre front pour précipiter la mort

      Tl foule le champ de bataille précédé par le battement

      des tambours, les foules, les dates de la tragédie

      les peuples effondrés et d’autres célébrant leurs réjouissances

      les cortèges des morts, les seigneurs de
      Rome, leurs croix

      les gardiens de la terre, ses dépossédés

      Il foule le champ de bataille

      L’épuisement se lit dans ses yeux et ses épaules ploient

      sous la nuée des outrages entraînés par la course de la vieillesse

      Il est ainsi

      pieux jusqu’à la servilité

      abject jusqu’à la pureté

      doux jusqu’à la bassesse.
      Mystique à sa manière

      Maître du vent et de la pluie.
      Commensal du verre et de l’aube
      Pensionnaire de l’asile de l’âme.
      Martyr de la guerre des langues

      Il est ainsi

      ayant noué un pacte entre lui et son nom
      Entre lui et les vagues il a mis des frontières tissées par les battements du cœur, des tombes habitées par la passion du jeune homme déchaîné
      Il est ainsi plus beau que le monde

      Hassan Ouezzani

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  2. Misère ! c’est là tout le drame : même quand on ne « fait pas son âge », on a l’âge que l’on a… Et si toi tu ne te plains pas, moi je me plains souvent de ça, même si je n’ai pas à m’en plaindre… je n’accepte pas, je n’accepte pas, ni l’âge qui avance, ni la décrépitude à venir…
    Et merci de me garder là, vieille poison que je suis…

    Aimé par 1 personne

    • VIEILLESSE DE POLLAGORAS

      Je voudrais bien savoir pourquoi je suis toujours le cheval que je tiens par la bride.

      Avec l’âge, dit
      Pollagoras, je suis devenu semblable à un champ sur lequel il y a eu bataille, bataille il y a des siècles, bataille hier, un champ de beaucoup de batailles.

      Des morts, jamais tout à fait morts, errent en silence ou reposent.
      On pourrait les croire dégagés du désir de vaincre.

      Mais soudain ils s’animent, les couchés se relèvent, et tout armés attaquent.
      Ils viennent de rencontrer le fantôme de l’adversaire d’autrefois qui lui-même, secoué, tout à coup se précipite en avant fiévreusement, sa parade prête,
      obligeant mon cœur surpris à accélérer son mouvement en ma poitrine et en mon être renfrogné qui s’anime à regret.

      Entre eux ils livrent leurs batailles, sans jamais s’interférer aux précédentes, ou aux suivantes, dont inconnus et paisibles circulent les héros, jusqu’à ce que
      rencontrant à leur tour leur contemporain adversaire, ils se redressent en un instant et foncent irrésistiblement au combat.

      C’est ainsi, dit
      Pollagoras, que j’ai de l’âge, par cette accumulation.

      Encombré de batailles déjà livrées, horloge de scènes de plus en plus nombreuses qui sonnent, tandis que je me voudrais ailleurs.

      Ainsi, tel un manoir livré au
      Poltergeist, je vis sans vivre, lieu de hantises qui ne m’intéressent plus, quoiqu’elles se passionnent encore et se refassent tumultueusement en un fébrile dévidement que je ne
      puis paralyser.

      La sagesse n’est pas venue, dit
      Pollagoras.
      La parole s’étrangle davantage, mais la sagesse n’est pas venue.

      Comme une aiguille sismographique mon attention, la vie durant, m’a parcouru sans me dessiner, m’a tâté sans me former.

      A l’aurore de la vieillesse, devant la plaine de la
      Mort, je cherche encore, je cherche toujours, dit
      Pollagoras, le petit barrage lointain en mon enfance par ma fierté édifié, tandis qu’avec des armes molles et un infime bouclier, je circulais entre les falaises d’adultes
      obscurs.

      Petit barrage que je fis, croyant bien faire, croyant merveille faire, et me placer en forteresse non délogeable.
      Petit barrage trop solide que ma résistance fit.

      Et il n’est pas le seul.

      Combien en bétonnai-je au temps de ma défense folle, dans mes années effrayées!

      Il faut que je les dépiste tous à présent, recouverts de fibres vivantes.

      Ma vie fléchissante qui n’a plus qu’un filet cherche, avide, les torrents qui se gaspillent encore, et l’œuvre magnifique du courageux petit bâtisseur doit être ruinée
      pour le bénéfice du vieil avare attaché à la vie.

      Henri Michaux

      Aimé par 1 personne

  3. Oui…mais non ! Je ne serais jamais ce « viel avare attaché à la vie » . Que veux-tu, chacun son vice, moi je n »ai pas de racines je suis une fille de l »air et ne suis attachée à rien…

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