BIENVEILLANCE


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BIENVEILLANCE

 Ce qui de tout homme paraît dans la hauteur, je dois

Encore l’élever.
Car sa misère est elle-même

Un des modes de l’apparence.
Et la réalité

Veut qu’ici j’aie été jeté, sel de l’incertitude,

Sur la neige intacte du temps, ne sachant rien, n’ayant

Rien vu, et si vite oublieux qu’il faut tout réapprendre

À chaque instant.

Ainsi par la vitre de l’autobus
Dont la fraîcheur suffit le soir à mes tempes, le ciel
Depuis longtemps perdu s’éclaire à nouveau dans les yeux
D’un enfant qui regarde.

Il est bon de pouvoir aussi
Faire don aux petits d’un simple bout de bois ou d’un
Caillou recueillis sur le bord indistinct du désordre
Où mes doigts gouvernés ne trouvent plus le libre fil
Qui gouverne.
Et, comme un soleil invisible touchant
Le flanc d’un nuage, en retour m’effleure la lumière
De l’émerveillement ouvert entre leurs doigts qui prennent
Sans jamais l’assombrir la pure offrande, le
Présent.

Cependant n’est-ce pas dans l’indistinct qu’ils vagabondent
Eux aussi, pareils aux petits de la louve ou du tigre
Qui savent tout de l’innocence ?

— À la fin nous voici
Nous, durement parachevés par l’amour et le crime
Comme deux miroirs opposés où s’effacent nos bornes
Dans l’espace illusoire d’un salut : rien ne répond À l’emphase de nos paroles ; rien jamais ne suit
Nos gestes éperdus dans un désir de conséquences
Et rien, entre les dés hasardant l’un ou l’autre nombre,
Ne décide.
Mais il y a

comme une bienveillance
Dans les bras du sommeil qui ne sont les bras de

personne,
Dans le ruissellement figé de la pierre, dans l’eau
Ancrée à sa pente, dans l’herbe infatigable, dans
Les mots sur nos lèvres parfois nés d’une autre semence,
Et la longueur du soir sous les arbres ;

comme un élan
De l’obscur vers le seuil en nous brisé de la lumière.

Jacques Réda

Ne pleure pas si je chante à la portuguesa, danse avec moi…


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Ne pleure pas si je chante à la portuguesa, danse avec moi…

 

Dans l’écume où tu marches

j’ai trempé mes cheveux

De mousse avec ma barbe ils ont blanchis les sangles des labours

Cheval de mer à tête de drakkar mes prières ne sont qu’un courant de moulin à marées

fou comme une rivière qui mit le mont en Normandie

pour que j’y dragonne tes  seins, tes miches et tes ailes..

 

Fado, fado, fado tu transportes l’accent des larmes par bonheur fertiles

toutes les guitares suspendues au souffle inextinguible de l’amour

dans le déploiement pulmonaire des accordéons du couloir des marelles

métro poli tain pour mieux se voir transportés en dehors du cadre de glace

l’aisselle de cheval à rab montée à cru

pour les steppes tartares des contrées sauvages sous la yourte de poésie…

 

Niala-Loisobleu – 26/02/18

 

 

En barque à scions…


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En barque à scions…

Hâlé des reins du cheval qui laboure

par chemin du bois

écrire de foins coupés

doigts dans l’odeur

à hurle vent debout

et l’écoute à deux mains

qu’aujourd’hui tire bord à bord – loft pour loft – putain de vague scélérate qui fait mal…J’orbe estourbi sans la tiare du balcon qui va tiquant, bon dieu sous la soutane il doit bien rester assez d’orties pour qu’elle me fasse voir son visage qui signerait de visu le tam-tam qui cogne dans ma poitrine

la clef forge le mécanisme de l’apporte

Niala-Loisobleu – 26 Février 2018

 

A VRAI DIRE


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A VRAI DIRE

Le froid d’un tant passé on ne sait où

dénude le métier à tisser

il fait nuit dans le jour

le coq n’a pas encore sonné à l’écorché

pas une feuille n’est à l’encre

Cachées les unes aux autres

les maisons font silence

un doigt sur l’apporte

Serait-ce si horrible à dire l’intérieur

que la peinture des façades s’efforce à mentir ?

L’esprit feint d’un jaune rire sec comme un suaire

colle aux marnes des langueurs d’automne jusqu’à fin d’hiver

clouant au sol le passage des palombes bleues

d’un double coup sec de canon scié de Péchebel

Ô mon âme ne fuis pas tes yeux

ne les émascule pas de l’invisible espérance dressée derrière le décor d’un quotidien harceleur

La terre est rongée d’un vitriol qui fausse-couches la moisson

trop poilu pour être ô net

Ô j’ai M ni strate ni fossile

mais lisier algues vertes au doré des plages d’un vieux 33 tours

ton chant crevant le mal blanc a marqué les luzernes d’un signe extra-terrestre

j’y suis monté par les cordes d’un haut-de-contre sexué

pour en découvrir l’étendue sans limites au travers de tes dents

la palpitation sans bretelles des chiens fous de ta poitrine

sans ignorer

en toute lucidité mon état rêveur

qui m’a initié dans le texte au vol des oies sauvages

Je plaide pas de n’être que moi exclu des autres.

 

Niala-Loisobleu – 26/02/18

 

A TRAVERS CHAMPS


A TRAVERS CHAMPS

Qu’est cet horizon dont la branche serait séparée de sa racine ?

Un sein qu’on refuse au baiser

un ventre tondu du frisson de l’approche ?

Oh non le chant des oiseaux ne se tient pas en cage

il harmonise ses couleurs

aux rencontres de plumes aux habits dégrafés dans le vers libre d’un envol spirituel…

 

N-L – 25/02/18

 

LE PANAMA OU LES AVENTURES DE MES SEPT ONCLES


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LE PANAMA OU LES AVENTURES DE MES SEPT ONCLES

 
Des livres

Il y a des livres qui parlent du
Canal de
Panama
Je ne sais pas ce que disent les catalogues des bibliothèques

Et je n’écoute pas les journaux financiers
Quoique les bulletins de la
Bourse soient notre prière quotidienne

Le
Canal de
Panama est intimement lié à mon enfance…

Je jouais sous la table

Je disséquais les mouches

Ma mère me racontait les aventures de ses sept frères

De mes sept oncles

Et quand elle recevait des lettres

Ëblouissement!

Ces lettres avec les beaux timbres exotiques qui portent

les vers de
Rimbaud en exergue
Elle ne me racontait rien ce jour-là
Et je restais triste sous ma table

Cest aussi vers cette époque que j’ai lu l’histoire du tremblement de terre de
Lisbonne

Mais je crois bien

Que le crach du
Panama est d’une importance plus universelle
Car il a bouleversé mon enfance.

J’avais un beau livre d’images

Et je voyais pour la première fois

La baleine

Le gros nuage

Le morse

Le soleil

Le grand morse

L’ours le lion le chimpanzé le serpent à sonnettes et la

mouche
La mouche
La terrible mouche


Maman, les mouches! les mouches! et les troncs d’arbres!


Dors, dors, mon enfant.
Ahasvérus est idiot

J’avais un beau livre d’images

Un grand lévrier qui s’appelait
Dourak

Une bonne anglaise

Banquier

Mon père perdit les 3/4 de sa fortune

Comme nombre d’honnêtes gens qui perdirent leur

argent dans ce crach,
Mon père
Moins bête

Perdait celui des autres,
Coups de revolver.

Ma mère pleurait

Et ce soir-la on m’envoya coucher avec la bonne anglaise

Puis au bout d’un nombre de jours bien long..

Nous avions dû déménager

Et les quelques chambres de notre petit appartement

étaient bourrées de meubles
Nous n’étions plus dans notre villa de la côte
J’étais seul des jours entiers
Parmi les meubles entassés
Je pouvais même casser de la vaisselle
Fendre les fauteuils
Démolir le piano-Puis au bout d’un nombre de jours bien long
Vint une lettre d’un de mes oncles

C’est le crach du
Panama qui fit de moi un poète!

C’est épatant

Tous ceux de ma génération sont ainsi

Jeunes gens

Qui ont subi des ricochets étranges

On ne joue plus avec des meubles

On ne joue plus avec des vieilleries

On casse toujours et partout la vaisselle

On s’embarque

On chasse les baleines

On tue les morses

On a toujours peur de la mouche tsé-tsé

Car nous n’aimons pas dormir.

L’ours le lion le chimpanzé le serpent à sonnettes m’avaient appris à lire..

Oh cette première lettre que je déchiffrai seul et plus

grouillante que toute la création
Mon oncle disait
Je suis boucher à
Galveston
Les abattoirs sont à 6 lieues de la ville
C’est moi qui ramène les bêtes saignantes, le soir, tout

le long de la mer
Et quand je passe les pieuvres se dressent en l’air
Soleil couchant..

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Mon oncle, tu as disparu durant le cyclone de 1895

J’ai vu depuis la ville reconstruite et je me suis promené au bord de la mer où tu menais les bêtes saignantes

Il y avait une fanfare salutiste qui jouait dans un kiosque en treillage

On m’a offert une tasse de thé

On n’a jamais retrouvé ton cadavre

Et à ma vingtième année j’ai hérité de tes 400 dollars d’économie

Je possède aussi la boîte à biscuits qui te servait de reliquaire

Elle est en fer-blanc

Toute ta pauvre religion

Un bouton d’uniforme

Une pipe kabyle

Des graines de cacao

Une dizaine d’aquarelles de ta main

Et les photos des bêtes à prime, les taureaux géants que

tu tiens en laisse
Tu es en bras de chemise avec un tablier blanc

Moi aussi j’aime les animaux

Sous la table

Seul

Je joue déjà avec les chaises

Armoires portes

Fenêtres

Mobilier modern-style

Animaux préconçus

Qui trônent dans les maisons

Comme la reconstitution des bêtes antédiluviennes dans les musées

Le premier escabeau est un aurochs!

J’enfonce les vitrines

Et j’ai jeté tout cela

La ville, en pâture à mon chien

Les images

Les livres

La bonne

Les visites

Quels rires!

Comment voulez-vous que je prépare des examens?
Vous m’avez envoyé dans tous les pensionnats d’Europe
Lycées

Gymnases

Université

Comment voulez-vous que je prépare des examens

Quand une lettre est sous la porte

J’ai vu

La belle pédagogie!

J’ai vu au cinéma le voyage qu’elle a fait

Elle a mis soixante-huit jours pour venir jusqu’à moi

Chargée de fautes d’orthographe

Mon deuxième oncle :

J’ai marié la femme qui fait le meilleur pain du district

J’habite à trois journées de mon plus proche voisin

Je suis maintenant chercheur d’or à
Alaska

Je n’ai jamais trouvé plus de 500 francs d’or dans ma

pelle
La vie non plus ne se paye pas à sa valeur!
J’ai eu trois doigts gelés
Il fait froid…

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Oh mon oncle, ma mère m’a tout dit

Tu as volé des chevaux pour t’enfuir avec tes frères

Tu t’es fait mousse à bord d’un cargo-boat

Tu t’es cassé la jambe en sautant d’un, train en marche

Et après l’hôpital, tu as été en prison pour avoir arrêté

une diligence
Et tu faisais des poésies inspirées de
Musset
San-Francisco
C’est là que tu lisais l’histoire du général
Suter qui a

conquis la
Californie aux États-Unis
Et qui, milliardaire, a été ruiné par la découverte des

mines d’or sur ses terres
Tu as longtemps chassé dans la vallée du
Sacramento

où j’ai travaillé au défrichement du sol
Mais qu’est-il arrivé

Je comprends ton orgueil

Manger le meilleur pain du district et la rivalité des

voisins 12 femmes par 1.000 kilomètres carrés
On t’a trouvé

La tête trouée d’un coup de carabine
Ta femme n’était pas là

Ta femme s’est remariée depuis avec un riche fabricant de confitures

J’ai soif

Nom de
Dieu

De nom de
Dieu

De nom de
Dieu

Je voudrais lire la
Feuille d’Avis de
Neuchâtel ou
Je

Courrier de
Pampelune
Au milieu de l’Atlantique on n’est pas plus à l’aise que

dans une salle de rédaction
Je tourne dans la cage des méridiens comme un écureuil

dans la sienne

Tiens voilà un
Russe qui a une tête sympathique
Où aller

Lui non plus ne sait où déposer son bagage

A
Léopoldville ou à la
Sedjérah près
Nazareth, chez

Mr
Junod ou chez mon vieil ami
Perl
Au
Congo en
Bessarabie à
Samoa
Je connais tous les horaires
Tous les trains et leurs correspondances
L’heure d’arrivée l’heure du départ
Tous les paquebots tous les tarifs et toutes les taxes Ça m’est égal
J’ai des adresses
Vivre de la tape

Je reviens d’Amérique à bord du
Voltumo, pour 35 francs de
New
York à
Rotterdam

C’est le baptême de la ligne

Les machines continues s’appliquent de bonnes claques

Boys

Platch

Les baquets d’eau

Un
Américain les doigts tachés d’encre bat la mesure

La télégraphie sans fil

On danse avec les genoux dans les pelures d’orange et

les boîtes de conserve vides
Une délégation est chez le capitaine
Le
Russe révolutionnaire expériences erotiques
Gaoupa

Le plus gros mot hongrois
J’accompagne une marquise napolitaine enceinte de

8 mois
C’est moi qui mène les émigrants de
Kichinef à
Hambourg
C’est en 1901 que j’ai vu la première automobile,
En panne,
Au coin d’une rue
Ce petit train que les
Soleurois appellent un fer à

repasser
Je téléphonerai à mon consul
Délivrez-moi immédiatement un billet de 3e classe
The
Uranium
Steamship

J’en veux pour mon argent
Le navire est à quai
Débraillé

Les sabords grand ouverts
Je quitte le bord comme on quitte une sale putain

En route

Je n’ai pas de papier pour me torcher

Et je sors

Comme le dieu
Tangaloa qui en péchant à la ligne tira

le monde hors des eaux
La dernière lettre de mon troisième oncle :
Papeete, le
Ier septembre 1887.
Ma sœur, ma très chère sœur
Je suis bouddhiste membre d’une secte politique
Je suis ici pour faire des achats de dynamite
On en vend chez les épiciers comme chez vous la chicorée
Par petits paquets

Puis je retournerai à
Bombay faire sauter les
Anglais Ça chauffe

Je ne te reverrai jamais plus…
Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Vagabondage

J’ai fait de la prison à
Marseille et l’on me ramène de

force à l’école
Toutes les voix crient ensemble
Les animaux et les pierres
C’est le muet qui a là plus belle parole
Pai été libertin et je me suis permis toutes les privautés

avec le monde

Vous qui aviez la foi pourquoi n’êtes-vous pas arrivé

à temps
A votre âge
Mon oncle

Tu étais joli garçon et tu jouais très bien du cornet à pistons

Cest ça qui t’a perdu comme on dit vulgairement

Tu aimais tant la musique que tu préféras le ronflement des bombes aux symphonies des habits noirs

Tu as travaillé avec des joyeux
Italiens à la construction d’une voie ferrée dans les environs de
Baghavapour

Boute en train

Tu étais le chef de file de tes compagnons

Ta belle humeur et ton joli talent d’orphéoniste

Tu es la coqueluche des femmes du baraquement

Comme
Moïse tu as assommé ton chef d’équipe

Tu t’es enfui

On est resté 12 ans sans aucune nouvelle de toi

Et comme
Luther un coup de foudre t’a fait croire à
Dieu

Dans ta solitude

Tu apprends le bengali et l’urlu pour apprendre à fabriquer les bombes

Tu as été en relation avec les comités secrets de
Londres

C’est à
White-Chapel que j’ai retrouvé ta trace

Tu es convict

Ta vie circoncise

Telle que

J’ai envie d’assassiner quelqu’un au boudin ou à la gaufre pour avoir l’occasion de te voir

Car je ne t’ai jamais vu

Tu dois avoir une longue cicatrice au front

Quant à mon quatrième oncle il était valet de chambre du général
Robertson qui a fait la guerre aux
Boërs
Il écrivait rarement des lettres ainsi conçues
Son
Excellence a daigné m’augmenter de 50 £
Ou
Son
Excellence emporte 48 paires de chaussures à la guerre

Ou

Je fais les ongles de
Son
Excellence tous les matins…

Mais je sais

Qu’il y avait encore quelque chose

La tristesse

Et le mal du pays.

Mon oncle
Jean, tu es le seul de mes sept oncles que j’aie

jamais vu
Tu étais rentré au pays car tu te sentais malade
Tu avais un grand coffre en cuir d’hippopotame qui était

toujours bouclé
Tu t’enfermais dans ta chambre pour te soigner
Quand je t’ai vu pour la première fois, tu dormais
Ton visage était terriblement souffrant
Une longue barbe
Tu dormais depuis 15 jours
Et comme je me penchais sur toi
Tu t’es réveillé
Tu étais fou

Tu as voulu tuer grand’mère
On t’a enfermé à l’hospice

Et c’est là que je t’ai vu pour la deuxième fois
Sanglé

Dans la camisole de force

On t’a empêché de débarquer

Tu faisais de pauvres mouvements avec tes mains

Comme si tu allais ramer

Transvaal

Vous étiez en quarantaine et les horse-guards avaient

braqué un canon sur votre navire
Pretoria

Un
Chinois faillit t’étrangler

Le
Tougéla

Lord
Robertson est mort

Retour à
Londres

La garde-robe de
Son
Excellence tombe à l’eau ce qui

te va droit au cœur
Tu es mort en
Suisse à l’asile d’aliénés de
Saint-Aubain
Ton entendement
Ton enterrement

Et c’est là que je t’ai vu pour la troisième fois
Il neigeait
Moi, derrière ton corbillard, je me disputais avec les

croque-morts à propos de leur pourboire
Tu n’as aimé que deux choses au monde
Un cacatoès
Et les ongles roses de
Son
Excellence

Il n’y a pas d’espérance

Et il faut travailler

Les vies encloses sont les plus denses

Tissus stéganiques

Remy de
Gourmont habite au 71 de la rue des
Saints-Pères

Filagore ou seizaine

«
Séparés un homme rencontre un homme mais une montagne ne rencontre jamais une autre montagne »

Dit un proverbe hébreu

Les précipices se croisent

Pétais à
Naples

1896

Quand j’ai reçu le
Petit
Journal
Illustré

Le capitaine
Dreyfus dégradé devant l’armée

Mon cinquième oncle :

Je suis chef au
Club-Hôtel de
Chicago

Pai 400 gâte-sauces sous mes ordres

Mais je n’aime pas la cuisine des
Yankees

Prenez bonne note de ma nouvelle adresse

Tunis etc.

Amitiés de la tante
Adèle

Prenez bonne note de ma nouvelle adresse

Biarritz etc.

Oh mon oncle, toi seul tu n’as jamais eu le mal du pays
Nice
Londres
Buda-Pest
Bennudes
Saint-Pétersbourg

Tokio
Memphis
Tous les grands hôtels se disputent tes services
Tu es le maître

Tu as inventé nombre de plats doux qui portent ton nom
Ton art

Tu te donnes tu te vends on te mange
On ne sait jamais où tu es
Tu n’aimes pas rester en place
Il paraît que tu possèdes une
Histoire de la
Cuisine à

travers tous les âges et chez tous les peuples
En 12 vol. in-8°

Avec les portraits des plus fameux cuisiniers de l’histoire
Tu connais tous les événements
Tu as toujours été partout où il se passait quelque chose
Tu es peut-être à
Paris.
Tes menus
Sont la poésie nouvelle

Pai quitté tout cela

J’attends

La guillotine est le chef-d’œuvre de l’art plastique

Son déclic

Mouvement perpétuel

Le sang des bandits

Les chants de la lumière ébranlent les tours

Les couleurs croulent sur la ville

Affiche plus grande que toi et moi

Bouche ouverte et qui crie

Dans laquelle nous brûlons

Les trois jeunes gens ardents

Hananie
Mizaël
Azarie

Adam’s
Express
Cr

Derrière l’Opéra

Il faut jouer à saute-mouton

A la brebis qui broute

Femme-tremplin

Le beau joujou de la réclame

En route!

Siméon,
Siméon

Paris-adieux

C’est rigolo

Il y a des heures qui sonnent

Quai-d’Orsay-Saint-Nazaire !

On passe sous la
Tour
Eiffel — boucler la boucle — pour

retomber de l’autre côté du monde
Puis on continue

Les catapultes du soleil assiègent les tropiques irascibles
Riche
Péruvien propriétaire de l’exploitation du guano

d’Angamos
On lance rAcaraguan
Bananan
A l’ombre
Les mulâtres hospitaliers

J’ai passé plus d’un hiver dans ces
Des fortunées

L’oiseau-secrétaire est un éblouissement

Belles dames plantureuses

On boit des boissons glacées sur la terrasse

Un torpilleur brûle comme un cigare

Une partie de polo dans le champ d’ananas

Et les palétuviers éventent les jeunes filles studieuses

My gun

Coup de feu

Un observatoire au flanc du volcan

De gros serpents dans la rivière desséchée

Haie de cactus

Un âne claironne la queue en l’air

La petite
Indienne qui louche veut se rendre à
Buenos-

Ayres
Le musicien allemand m’emprunte ma cravache à

pommeau d’argent et une paire de gants de
Suède
Ce gros
Hollandais est géographe
On joue aux cartes en attendant le train
C’est l’anniversaire de la
Malaise
Je reçois un paquet à mon nom, 200.000 pesetas et une

lettre de mon sixième oncle :
Attends-moi à la factorerie jusqu’au printemps prochain
Amuse-toi bien bois sec et n’épargne pas les femmes
Le meilleur électuaire
Mon neveu…

Et il y avait encore quelque chose
La tristesse
Et le mal du pays.

Oh mon oncle, je t’ai attendu un an et tu n’es pas venn

Tu étais parti avec une compagnie d’astronomes qui allait

inspecter le ciel sur la côte occidentale de la
Patagonie

Tu leur servais d’interprète et de guide
Tes conseils
Ton expérience

Il n’y en avait pas deux comme toi pour viser l’horizon au sextant

Les instruments en équilibre

Électro-magnétiques

Dans les fjords de la
Terre de
Feu

Aux confins du monde

Vous péchiez des mousses protozoaires en dérive entre deux eaux à la lueur des poissons électriques

Vous collectionniez des aérolithes de peroxyde de fer

Un dimanche matin :

Tu vis un évêque mitre sortir des eaux

Il avait une queue de poisson et t’aspergeait de signes de croix

Tu t’es enfui dans la montagne en hurlant comme un vari blessé

La nuit même

Un ouragan détruisit le campement

Tes compagnons durent renoncer à l’espoir de te retrouver vivant

Ils emportèrent soigneusement les documents scientifiques

Et au bout de trois mois,

Les pauvres intellectuels,

Us arrivèrent un soir à un feu de gauchos où l’on

causait justement de toi
Pétais venu à ta rencontre
Tupa

La belle nature
Les étalons s’enculent 200 taureaux noirs mugissent
Tango-argentin

Bien quoi

Il n’y a donc plus de belles histoires

La
Vie des
Saints

Dos
Nachîbuechleùi von
Schuman

Cymbàlum mundi

La
Tariffa délie
Puttane di
Venegia

Navigation de
Jean
Struys,
Amsterdam », 1528

Shalom
Aleïchem

Le
Crocodile de
Saint-Martin

Strindberg a démontré que la terre n’est pas ronde

Déjà
Gavarni avait aboli la géométrie

Pampas

Disque

Les iroquoises du vent

Saupiquets

L’hélice des gemmes

Maggi

Byrrh

Daily
Chronicle

La vague est une carrière où l’orage en sculpteur abat

des blocs de taille
Quadriges d’écume qui prennent le mors aux dents
Eternellement

Depuis le commencement du monde
Je siffle
Un frissoulis de bris

Mon septième oncle

On n’a jamais su ce qu’il est devenu

On dit que je te ressemble

Je vous dédie ce poème

Monsieur
Bertrand

Vous m’avez offert des liqueurs fortes pour me prémunir contre les fièvres du canal

Vous vous êtes abonné à l’Argus de la
Presse pour recevoir toutes les coupures qui me concernent.

Dernier
Français de
Panama (il n’y en a pas 20)

Je vous dédie ce poème

Barman du
Matachine

Des milliers de
Chinois sont morts où se dresse maintenant le
Bar flamboyant

Vous distillez

Vous vous êtes enrichi en enterrant les cholériques

Envoyez-moi la photographie de la forêt de chênes-lièges qui pousse sur les 400 locomotives abandonnées par l’entreprise fi-ançaise

Cadavres-vivants

Le palmier greffé dans la banne d’une grue chargée d’orchidées

Les canons d’Aspinwall rongés par les toucans

La drague aux tortues

Les pumas qui nichent dans le gazomètre défoncé

Les écluses perforées par les poissons-scie

La tuyauterie des pompes bouchée par une colonie d’iguanes

Les trains arrêtés par l’invasion des chenilles

Et l’ancre gigantesque aux armoiries de
Louis
XV dont vous n’avez su m’expliquer la présence dans la forêt

Tous les ans vous changez les portes de votre établissement incrustées de signatures

Tous ceux qui passèrent chez vous

Ces 32 portes quel témoignage

Langues vivantes de ce sacré canal que vous chérissez tant

Ce matin est le premier jour du monde

Isthme

D’où l’on voit simultanément tous les astres du ciel

et toutes les formes de la végétation

Préexcellence des montagnes équatoriales

Zone unique
Il y a encore le vapeur de l’Amidon
Paterson
Les initiales en couleurs de l’Adantic-Pacific
Tea-Trust
Le
Los
Angeles limited qui part à 10 h 02 pour arriver le troisième jour et qui est le seul train au monde avec wagon-coiffeur
Le
Trunk les éclipses et les petites voitures d’enfants
Pour vous apprendre à épeler l’A
B
C de la vie sous la

férule des sirènes en partance
Toyo
Kisen
Kaïsha
J’ai du pain et du fromage
Un col propre
La poésie date d’aujourd’hui

La voie lactée autour du cou
Les deux hémisphères sur les yeux
A toute vitesse
II n’y a plus de pannes
Si j’avais le temps de faire quelques économies je prendrais part au rallye aérien
J’ai réservé ma place dans le premier train qui passera

le tunnel sous la
Manche
Je suis le premier aviateur qui traverse l’Atlantique en

monocoque 900 millions

Terre
Terre
Eaux
Océans
Ciels
J’ai le mal du pays

Je suis tous les visages et j’ai peur des boîtes aux lettres
Les villes sont des ventres
Je ne suis plus les voies
Lignes

Câbles

Canaux

Ni les ponts suspendus !

Soleils lunes étoiles

Mondes apocalyptiques

Vous avez encore tous un beau rôle à jouer

Un siphon éternue

Les cancans littéraires vont leur train

Tout bas

A la
Rotonde

Comme tout au fond d’un verre

J’ATTENDS

Je voudrais être la cinquième roue du char

Orage

Midi i quatorze heures

Rien et partout

 

Blaise Cendrars

 

 

Tout ce qui canal peut se faire du Midi

du Nord

ou de l’ESt

et offrir ses tentes au feu de quand, je m’en bats l’oeil

Ouest si tu vis en hermaphrodite au fond de ta coquille…

 

N-L – 25/02/18