BIENVEILLANCE


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BIENVEILLANCE

 Ce qui de tout homme paraît dans la hauteur, je dois

Encore l’élever.
Car sa misère est elle-même

Un des modes de l’apparence.
Et la réalité

Veut qu’ici j’aie été jeté, sel de l’incertitude,

Sur la neige intacte du temps, ne sachant rien, n’ayant

Rien vu, et si vite oublieux qu’il faut tout réapprendre

À chaque instant.

Ainsi par la vitre de l’autobus
Dont la fraîcheur suffit le soir à mes tempes, le ciel
Depuis longtemps perdu s’éclaire à nouveau dans les yeux
D’un enfant qui regarde.

Il est bon de pouvoir aussi
Faire don aux petits d’un simple bout de bois ou d’un
Caillou recueillis sur le bord indistinct du désordre
Où mes doigts gouvernés ne trouvent plus le libre fil
Qui gouverne.
Et, comme un soleil invisible touchant
Le flanc d’un nuage, en retour m’effleure la lumière
De l’émerveillement ouvert entre leurs doigts qui prennent
Sans jamais l’assombrir la pure offrande, le
Présent.

Cependant n’est-ce pas dans l’indistinct qu’ils vagabondent
Eux aussi, pareils aux petits de la louve ou du tigre
Qui savent tout de l’innocence ?

— À la fin nous voici
Nous, durement parachevés par l’amour et le crime
Comme deux miroirs opposés où s’effacent nos bornes
Dans l’espace illusoire d’un salut : rien ne répond À l’emphase de nos paroles ; rien jamais ne suit
Nos gestes éperdus dans un désir de conséquences
Et rien, entre les dés hasardant l’un ou l’autre nombre,
Ne décide.
Mais il y a

comme une bienveillance
Dans les bras du sommeil qui ne sont les bras de

personne,
Dans le ruissellement figé de la pierre, dans l’eau
Ancrée à sa pente, dans l’herbe infatigable, dans
Les mots sur nos lèvres parfois nés d’une autre semence,
Et la longueur du soir sous les arbres ;

comme un élan
De l’obscur vers le seuil en nous brisé de la lumière.

Jacques Réda

6 réflexions sur “BIENVEILLANCE

  1. Percée de calanques, comme les esses de l’instrument à cordes, la mer se prend de vent comme par derrière en se balançant sur son mouvement de reins. Je suis la route dit La Cayenne à l’Apprenti, n’oublies pas qu’à chaque Mère qui t’hébergera un ruban viendra au devant du Chef-d’Oeuvre. Siffle Compagnon, les oiseaux ont le métier dans l’aile comme d’autres ont du plomb par manque de regard posé alentour. A la taille de la colline juste sous les seins, il y a quoi qu’on puisse en taire, des paroles qui se tiennent. Elles tiennent sans besoin de bretelles, parce que le libre-arbitre fait leur credo. Choisir de son gré Barbara, est pas toujours facile. Trop de gel tient la mèche loin de l’allume-être.
    Merci, quelle belle journée d’entrée en cet autre monde !

    Aimé par 1 personne

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