AMEN


longjititian1

AMEN

Nul seigneur je n’appelle, et pas de clarté dans la nuit.

La mort qu’iL me faudra contre moi, dans ma chair,

prendre comme une femme,
Est la pierre d’humilité que je dois toucher en esprit,
Le degré le plus bas, la séparation intolérable
D’avec ce que je saisirai, terre ou main, dans l’abandon

sans exemple de ce passage —
Et ce total renversement du ciel qu’on n’imagine pas.
Mais qu’il soit dit ici que j’accepte et ne demande rien
Pour prix d’une soumission qui porte en soi la récompense.
Et laquelle, et pourquoi, je ne sais point :
Où je m’agenouille il n’est foi ni orgueil, ni espérance.
Mais comme à travers l’œil qu’ouvre la lune sous la nuit.
Retour au paysage impalpable des origines,
Cendre embrassant la cendre et vent calme qui la bénit.

Jacques Réda

4 réflexions sur “AMEN

    • APRÈS-MIDI

      Pâle clarté d’après-midi sur les toits bleus et roses.
      La cloche va sonner ; on voudrait dormir comme l’arbre
      A l’angle de la rue où ne passe jamais personne.
      Mais l’astre d’insomnie est dressé là, strident
      Comme un coq au milieu de la cour abandonnée.
      Entre les timons dont le bois poli craint de luire.
      Et tout ainsi, jusqu’à l’oiseau irréprochable qui s’est tu,
      Frissonne dans la pauvreté humiliée des apparences.
      Sommeil, ou mort, votre ombre est préférable à ce

      dévoilement
      Infini des rêves livrés à l’ironie de la lumière,
      Aux yeux qui n’ont plus de paupière et ne peuvent nier
      Ce vide qui s’accroît soudain lorsque deux heures sonnent.

      Jacques Réda

      Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.