Les Gens Qui Doutent 


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Les Gens Qui Doutent 

J’aime Les Gens Qui Doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur coeur se balancer
J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncerJ’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côtéJ’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut,
Ceux qui, avec leurs chaînes,
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte
Que des ratés du coeur
Pour n’avoir pas su dire
« Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur »

J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n’être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme,
Les daltoniens de l’âme,
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’Histoire
Leur rende les honneurs

J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime Les Gens Qui Doutent
Et voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie
« Merci d’avoir vécu

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu ».

Anne Sylvestre

15 réflexions sur “Les Gens Qui Doutent 

    • ON NAIT TOUJOURS D’UN DOUTE

      On naît toujours d’un doute.
      D’une embuscade en coup de fusil au coin d’un lit
      Alors que la radio des autres hurle au quartier tranquille perforant le silence tapi aux réverbères.
      Sous le regard horrifié des antennes du monde prêtes à rendre compte.
      On nait toujours d’un doute.
      Sur une marche d’église où la pluie saute-moutonne avec la barbe du sacristain.
      Dans la fièvre mal payée des accouchements par ordinateur.
      Dans un taxi.
      Dont le chauffeur obèse se retourne à chaque mètre l’oeil sur ses coussins parlant de prise en charge, de mauvaise reprise et de licenciement abusif.
      Sous les mains inexpertes d’une matrone aux aisselles poilues comme celles d’un Satan.
      On nait toujours d’un doute
      Sans marraine miracle pour créer l’atmosphère d’un avenir à percer.
      Heureux et sans soucis.
      A l’hôpital des pauvres parce que la neige est tombée bien plus tôt que prévu.
      Dans un commissariat
      Dans la pélerine encore chaude des coups d’une manifestation avortée.
      Dans un escalier – entre le quatrième et le cinquième – avec pour toujours la trouille des ascenseurs.
      On nait toujours d’un doute
      Sur le paillasson beige de l’ultime concierge en forme de cordon qu’il faudra bien couper.
      Dans un passage obscur où se règlent les comptes quand ils deviennent trop lourds.
      A l’armée du salut coincé entre deux cordes pour toute vie vécue.
      Sur une barricade comme une petite fleur aux pétales mitraillés.
      En prématurément
      Une vie en trop
      trois siècles en retard
      et toujours avant terme.
      En couveuse pour grossir.
      Les deux pieds dans le vide et la tête fétale trop près des blancs bonnets.
      Les yeux sur les orbites des rails pour regarder plus loin que l’âge des sémaphores.
      On naît toujours d’un doute.
      Dans la sauvette rance des tulipes de Hollande en panne d’effusion.
      A la barbe des musettes aux casse-croûte gargantuesques.
      Au milieu maléfique de mille marécages qui se referment ensemble autour de votre cou
      Dans la lunette d’un carcan.
      Sur des chemins de halage rompus à tous les traquenards des berges.
      Au milieu des hommes
      Pas très loin d’une étoile.
      On naît toujours d’un doute.

      Jean-Pierre Lesieur
      Extrait de: manuel de survie pour un adulte inadapté (Condition humaine)

      Aimé par 4 personnes

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