Vous


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Vous

Vous ne savez pas combien je m’obéis durement

Entre moi et vous, il y a moi.

Vous ne vous en doutez toujours pas, mais je suis là.

Mon
Dieu, tenez-moi dans votre élévation.

Mettons

si vous voulez

un badigeon bleu pomme et des larmes de lait ou de miel

un smoking de chez le grand faiseur

un accent d’angora quelque chose d’antique

étincelles en moire le cuir anglais d’antan

un glabre majordome deux ou trois aunes du plus noble des shirting limited
C° and

Milan à l’Opéra la virtualité insigne d’un grimoire

une grappe de fruits le craquant d’un biscuit et même un peu d’orgeat

Mettons

si vous voulez

un cerveau d’astronome
Et ce sera la nuit

Vous êtes belle

belle

belle

Vous êtes belle comme un calorifère

Si je vous disais tout !

On ne vous pardonne pas de vous suffire à vous-même.

Indécise cité des femmes vos mains

beaux peignes effilés

vos mains de feuilles fortes ô mains fidèles et adroites nous vous fûmes confiés indociles à vous fuir mains d’ondées ô gracieuses à nos têtes
d’enfants exerçant leur science exorables légères

mains à bouquets mains à blessures mains salutaires à nos fronts Épouses des enfants

Si vous voulez le fond de ma pensée, préparez-vous à une chute vertigineuse.

Vous avez laissé faire un monde de corruption.

Vous avez laissé faire un monde de mensonge.

Vous avez laissé faire un monde de lâcheté.

Vous avez laissé faire un monde d’ignorance.

Vous avez laissé faire un monde de routine.

Vous avez laissé faire un monde de pauvreté.

Vous avez laissé faire un monde de souteneurs.

Vous avez laissé faire un monde d’équarrisseurs.

On arrête.

On emprisonne.

On torture.

On assassine.

Et maintenant – qu’est-ce que vous espérez ?

Non, je ne suis pas mort, mais que ça ne vous empêche pas de m’envoyer des fleurs.

RÉCOMPENSE

Si vous êtes raisonnables toute la semaine

Si vous faites bien vos devoirs

Si vous apprenez bien vos leçons

Si vous ne vous battez pas avec vos camarades

Si vous ne tirez pas la queue du chien

Si vous mangez bien votre soupe

Si vous ne faites pas crier votre grand-mère

Si vous vous lavez les mains avant de vous mettre à table

Si vous vous brossez bien les dents

Si vous allez vous coucher sans pleurer

Si vous faites votre prière tout seuls

Si vous êtes bien sages avec maman

Dimanche on ira voir papa à l’asile

Je vous laisse tomber.
Je ne marche pas dans vos conneries d’avenir idyllique.

Louis Calaferte – (Extrait de Choses dites)

 

 

Vous, de grâce, laissez-moi vous regarder sans me dériver à culpabiliser…à force de….

N-L  – 11/01/18

 

13 réflexions sur “Vous

  1. Ma parole si j’mens, qu’est-ce qu’elles ont à penser qu’on les harcèle toujours, quand elles ont du goût pour enfiler des billets dans le slip de certains pauv’mecs…
    Merci Anne.

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  2. Faute de partis (remarque que j’ai pas dit couilles) on réunit les tendances dans des politiques racoleuses. C’est toujours pareil, on s’appuie sur une vérité pour détourner le fond de la chose au profit de la forme à atteindre.
    Merci Boris.

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  3. Cadeau pour ce seoir Sophie :

    Nous voilà donc encore une fois en présence,
    Lui le tyran divin, moi le vieux révolté.
    Or je suis la Justice, il n'est que la Puissance ;
    A qui va, de nous deux, rester l'Humanité ?
    Ah ! tu comptais sans moi, Divinité funeste,
    Lorsque tu façonnais le premier couple humain,
    Et que dans ton Éden, sous ton regard céleste,
    Tu l'enfermas jadis au sortir de ta main.
    Je n'eus qu'à le voir là, languissant et stupide,
    Comme un simple animal errer et végéter,
    Pour concevoir soudain dans mon âme intrépide
    L'audacieux dessein de te le disputer.
    Quoi ! je l'aurais laissée, au sein de la nature,
    Sans espoir à jamais s'engourdir en ce lieu ?
    Je l'aimais trop déjà, la faible créature,
    Et je ne pouvais pas l'abandonner à Dieu.
    Contre ta volonté, c'est moi qui l'ai fait naître,
    Le désir de savoir en cet être ébauché ;
    Puisque pour s'achever, pour penser, pour connaître,
    Il fallait qu'il péchât, eh bien ! il a péché.
    Il le prit de ma main, ce fruit de délivrance,
    Qu'il n'eût osé tout seul ni cueillir ni goûter :
    Sortir du fond obscur d'une éroite ignorance,
    Ce n'était point déchoir, non, non ! c'était monter.
    Le premier pas est fait, l'ascension commence ;
    Ton Paradis, tu peux le fermer à ton gré ;
    Quand tu l'eusses rouvert en un jour de clémence,
    Le noble fugitif n'y fût jamais rentré.
    Ah ! plutôt le désert, plutôt la roche humide,
    Que ce jardin de fleurs et d'azur couronné !
    C'en est fait pour toujours du pauvre Adam timide ;
    Voici qu'un nouvel être a surgi : l'Homme est né !
    L'Homme, mon œuvre, à moi, car j'y mis tout moi-même :
    Il ne saurait tromper mes vœux ni mon dessein.
    Défiant ton courroux, par un effort suprême
    J'éveillai la raison qui dormait en son sein.
    Cet éclair faible encor, cette lueur première
    Que deviendra le jour, c'est de moi qu'il ta tient.
    Nous avons tous les deux créé notre lumière,
    Oui, mais mon Fiat lux l'emporte sur le tien !
    Il a du premier coup levé bien d'autres voiles
    Que ceux du vieux chaos où se jouait ta main.
    Toi, tu n'as que ton ciel pour semer tes étoiles ;
    Pour lancer mon soleil, moi, j'ai l'esprit humain !
    

    Louise Ackermann – Satan

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  4. La tactique qui consiste à créer de la diversion entraîne des bancs d’individus dans son sillage. Le mouton est soutenu par le système des médias qui est devenu l’inespérée aubaine des manipulateurs.
    Merci Sana.

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  5. Bon jour,
    « Je ne marche pas dans vos conneries d’avenir idyllique. » Tout est là, tout est dit. Et pourtant, combien porte la lanterne de l’Espoir entre leurs yeux à croire cet avenir dont les annonceurs nous font marionnettes.
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

    • La lumière que nous portons ils veulent l’éteindre comme on mouche les bougies. Seulement n’étant pas de cire nous ne fondons pas. Parce que nous voyons dans notre douleur l’espoir à tenir pour nos Autres. Signifiant ainsi notre refus de les reconnaître Max-Louis.

      Aimé par 2 personnes

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