ARROSE LES FLEURS


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« Arrose les fleurs »

J’ai reçu ce matin la lettre où tu m’écris
De prendre soin de moi et je t’en remercie
Que tu vas me reviendre et tout ça et qu’on s’aime
« Et arrose les fleurs une fois par semaine »Mon amour, je te jure, les fleurs, je les fais boire
Ensemble on est pétés, tu pourrais pas le croire
Je re-siffle ces mots « Je suis partie sans haine
Mais arrose les fleurs une fois par semaine »

À quoi me sert, sans toi, de me priver de clopes
Ou d’un Saint-Emilion? J’ai sur moi l’enveloppe
Où ta main a tracé « Je rentre sous huitaine
Mais arrose les fleurs une fois par semaine »

Avec toi, j’ai appris à parler végétal
Et je compte les jours comme autant de pétales
Je relis ton courrier et c’est pas un problème
Sauf d’arroser les fleurs une fois par semaine

J’ai reçu ce matin la lettre où tu m’écris
De prendre soin de moi et je t’en remercie
J’imagine un jardin où nos pas se promènent
En arrosant les fleurs une fois par semaine {x2}

 

 Allain Leprest

J’AI L’OEIL COLLE A L’OREILLE DE L’ARBRE THEÂTRE UNIQUE


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J’AI L’OEIL COLLE A L’OREILLE

DE L’ARBRE THEÂTRE UNIQUE

 

« Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi ».
Jean Cocteau

Un soir divers
en plein été pas sorti d’hiver
je m’interroge

L’arbre est bien là
il frissonne
un vent d’encre quelque part
défile
bleu
atone
tapis
recroquevillé
quelque silence poignardé à l’écorce des mots de parole
par une main de papier-mâché
aux ongles piqués à la machine infernale

Parade

serait-il imaginable
puisque impossible
de trouver
un
M. Loyal ?

Le sais-tu toi Jean Cocteau
à moins que…

Pablo d’un âne sorte l’Abreuvoir
par l’aqueux de la crèche

Et nous le peigne
méconnaissable

Retour à la case départ

Satie met le cheval au piano
et coule la Seine préface
Guillaume

Ballet Moderne

« Etonne-moi !»

Ballet Moderne

Encore une fois

me revoici plongé au cœur des Ballets Russes
Serge de Diaghilev pointe à corps défendant
l’ombre d’un goulag dans mes fantasmes récurrents
la Paix
creusant sa propre tranchée à la saignée des chemins de frise de la gorge

J’ai les doigts à danser dans la buée des larmes
détachés du bras, en contre-allée de l’estuaire à l’estran
Bien d’une résonance sourde regimbant le rivage embusqué
derrière le blindage des ouies
comme la peau-morte des peintures qui s’écaillent aux portes de la nuit
en battant des nageoires au large du néant
refusant au comptoir des sucriers de boire la facilité
dans un dernier vers aspiré par les pieds de nez

Déchirer la nuit
détricoter la côte de mailles
armure factice de brouillard
dans la lice d’un tournoi d’un présent courtois
dérivant de tables rondes en rondes de nuit
autour du spectre d’un graal
qui se consume dans l’extinction d’un soleil déchiré de mon retour de croisade

Cracher ce verdâtre glaire à la gueule des automates clonés agitant le ballet mécanique d’un Monde Moderne qui s’essouffle en pédalant dans un rêve pétrifié. A remonter le temps à contresens d’une humanité désarticulée conditionnée en kit, que d’ultimes soubresauts d’éoliennes tentent d’héliporter aux bornes des sept merveilles du Monde à bord du spatial vaisseau baptisé Atlantide.

Des majorettes obèses, la cuisse coincée entre deux tartines, remontent un hamburger après l’autre, la Parade dans le crash des acrobates du bug d’une impossible imitation de cour des miracles signée Botero.

Tu es là, sève en corps battante, que j’ente sans frapper à la fourche de ton ventre, un scion échappé d’une genèse de mon esprit chaviré, venu du bois dérivé des deux créoles de l’arbre de nos hé, loctogonevert que je vide comme un poison pour ne plus avoir la moindre idée que je fais mal en étant là.

Niala-Loisobleu – 26 Décembre 2017

 

ET PUIS ON S’APERCOIT


« Et puis on s’aperçoit »

On arrive tout nu
Un matin au portique,
Parmi tant d’étrangers,
On est un inconnu
on découvre la vie
Tout comme une Amérique
On a soif d’être vieux,
Avant d’avoir vécuEt puis, on s’aperçoit
Que partir, ça sert à rien,
Et puis, on s’aperçoit
Que de rester, ça sert à rien,
Alors, on reste,
Alors, on reste, n’importe où.

On se trouve un matin,
On est deux, face à face,
On se trouve un matin
Deux dans le même lit,
On découvre l’amour,
On lui cède la place,
Mais il fait la valise
Avant qu’on ait compris

Et puis, on s’aperçoit
Que d’être deux, ça sert à rien,
Et puis, on s’aperçoit
Que d’être seul, ça sert à rien,
Alors on fait, alors on fait,
N’importe quoi!

On rencontre un matin
Quelqu’un qui nous ressemble,
Un qui est étranger,
Parmi ces étrangers,
On échange des mots,
Et quelques verres ensemble,
A cet instant, on croit
Que la vie va changer

Et puis, on s’aperçoit
Que de parler, ça sert à rien,
Et puis, on s’aperçoit
Que de se taire, ça sert à rien,
Alors on dit, alors on dit,
N’importe quoi.

On se trouve, un matin,
Tout nu devant sa glace,
Devant son ombre morte,
On est presque étranger,
On se retourne un peu,
Mais le passé nous glace
Et on s’étonne alors,
D’avoir tellement changé,

Et puis, on s’aperçoit
Que le passé, ça sert à rien,
Et puis, on s’aperçoit
Que l’avenir, ça sert à rien,
Alors, on meurt, alors, on meurt
N’importe quand!