Je dé gueule en passant


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Je dé gueule en passant

 

Ce billet juste pour vomir tout seul sur les 400.000 dollars qu’une conférence rapporte quand on est un ex-président qui cause sans dire ce qu’il a jamais changé..O’Bama, Hollande, Macron (en exercice pour plus tard) c’était un jour en France… N-L – 2/12/17

Synopsis

Mirages

douleur du temps

même temps cyclique réitérant ses mirages

A nouvelles traîtrises nouveaux discours

Que crève le silence

Approchez la farce

la ronde du quotidien faite tiers-monde

Un brin d’onanisme

un petit remontant

ou l’instant de prendre corps

avec le réel C’est de vous qu’il s’agit Approchez la farce

Douleur du conteur qui s’abîme les

yeux à narrer les jours crapuleux à crever

les bulles mirifiques du soleil vénéneux des indépendances

Mirages

Je vous présente bien des choses, et d’abord le sottisier de nos élites locales.

Scribes dotés de gadgets électroniques, décrochant téléphones blancs pour susurrer cul-de-poule la leçon des grands sorciers du Capital. Mots guindés,
coiffés de courbettes, frais émoulus d’indigestions chroniques Je vous présente nos bureaucrates, nos technocrates, nos ingénieurs d’âmes simples. Les puissants de ce
jour et les prétendants à la puissance, haletant de frayeurs arrivistes, prosternés devant la bouche d’égout de l’usine à broyer du

Système

Mirages

Je vous présente nos tribuns éphémères. Se dressant de toute leur ingrate stature devant foules tristes, revêches, drainées pour claques vivats, contre zestes de
farine sucre huile sinon cachot et bastonnade Je vous présente nos brillants intellectuels

Je vous présente nos avocats procéduriers. Interlocuteurs valables. Étemels perdants. Bien à l’aise dans leur robe ronflante de compromissions Je vous présente nos
historiens légitimistes. De nobles âmes. Fascinés par notre grandeur défunte, maniaques de généalogies, tombant en pâmoison devant cartes retouchées,
agrandies à la dimension de leurs fantasmes Je vous présente nos doctes économistes. Furibonds d’extraversion et de dépendance. Prestidigitateurs de la Courbe et du Concept.
Dressant réquisitoires chiffrés et sombres prospectives, mais gens sérieux : maison-boulot, boulot-maison

Je vous présente nos talentueux écrivains. Ils sont tous engagés à leur manière. Ça ne coûte pas cher. Une petite oraison par-là, un petit coup de
chapeau par-ci à quelque révolution presque triomphante, sans oublier la clochardisation du tiers-monde et les malheurs des immigrés avec Minute. Mais les cafés restent
malgré tout leur PC inexpugnable et ils se départent rarement de leur mépris amusé pour ceux qui ne veulent pas se hisser au niveau de leurs tribulations
esthétiques

La galerie est interminable. Je vous présente notre théâtre « en crise ». Notre critique « en crise ». Notre cinéma « en crise ». Nos arts
plastiques en expansion officielle et populisme de circonstance. Je vous présente nos philosophes brou il Ions, nos sociologues imperturbables, nos ivrognes géniaux, nos
notabilités cinglées. Je vous présente les thuriféraires du réalisme et de la flamboyante démission

Je vous présente notre immémoriale bêtise, ayant entassé diplômes, missions, références et know how, notre bêtise mise au jour

Mirages

Faisons ensuite un petit tour en nos laids et richissimes quartiers. Ciment roi. Pelouses pour les Nuits de l’erreur. Piscines pour bains de minuit et dégueulades. Hi-fi de chikhates blues
et pourquoi pas chants révolutionnaires subrepticement en contrepoint

Béton vraiment armé pour défendre zones interdites à la concupiscence de la pègre bouillonnante

Mirages

Il n’y a plus de casque colonial (la mode a bien évolué) mais toujours des

palais, enfantant frénétiquement des petits et encore des petits. Il y en a pour

tous les appétits, de ceux qui ont le « pouvoir d’achat »

Je vous présente les 5 % qui consomment les 50 %

Je vous présente l’illustre cancer de la nation

Mirages

Gratte-ciels. Clubs Méditerranée. Villages de vacances avec populations autochtones intégrées, éphèbes au coin de la rue, hétaïres tatouées
indigènes en pantalons, Elle sous le bras. Médinas sous baguette magique face à camps de nudistes, semi-nudistes, voyeurs espionnant voyeurs. Et coulent les pétrodollars,
essoufflés par leur incroyable circumnavigation Je vous présente

notre plus grande industrie, la priorité des priorités, tant il est vrai que la plus belle des femmes, etc.

Mirages

Il aurait fallu enfin vous présenter les hommes, et ce pays flagellé de séisme en

séisme. Mais il y a tant à dire et vos oreilles sont tellement fragiles

Le rideau se baisse

brisez la ronde

allez-vous-en

Douleur du temps

quand les yeux du conteur

déroulent le chapelet des mutations

et viennent à travers crimes et mystifications

buter contre la même assise

le même axe

filant étau

parcours du calvaire

Douleur du temps

quand les yeux brûlent

les voiles d’immobilisme

quand la vague brise-cancer

se ramasse au tréfonds des océans coalisés

et restitue

le discours dissident

Maison centrale de Kénitra, 1979-1980

 

Abdellatif Laâbi

Telle Femme


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Telle Femme

 Veux-tu voir

La forme obscure du soleil

Les contours de la vie

Ou bien te laisser éblouir

Par le feu qui mêle tout

Le flambeau passeur de pudeurs

En chair en or ce beau geste

L’erreur est aussi inconnue

Que les limites du printemps

La tentation est prodigieuse

Tout se touche tout te traverse

Ce ne fut d’abord qu’un tonnerre d’encens

Ce que tu aimes le plus

La louange belle à quatre

Belle nue immobile

Violon muet mais palpable

Je te parle de voir

Je te parlerai de tes yeux
Sois sans visage si tu veux
De leur couleur contre le gré

Des pierres lumineuses

Décolorées

Devant l’homme que tu conquiers

Son enthousiasme aveugle

Règne naïvement comme une source

Dans le désert

Entre les plages de la nuit et les vagues du jour
Entre la terre et l’eau
Nulle ride à combler
Nul chemin possible

Entre tes yeux et les images que j’y vois

Il y a tout ce que j’en pense

Moi-même indéracinable

Comme une plante qui s’amasse

Qui simule un rocher parmi d’autres rochers

Ce que je porte de certain

Toi tout entière

Tout ce que tu regardes

Tout

Ceci est un bateau

Qui va sur une rivière douce

II porte des femmes qui jouent

Et des graines qui patientent

Ceci est un cheval qui descend la colline

Ou bien une flamme qui s’élève

Un grand rire pieds nus dans une cour misérable

Un comble de l’automne des verdures amadouées

Un oiseau acharné à mettre des ailes à son nid

Un matin qui disperse des lampes de rosée

Pour éveiller les champs

Ceci est une ombrelle

Et ceci la toilette

D’une dentellière plus séduisante qu’un bouquet

Au son des cloches de l’arc-en-ciel

Ceci déjoue l’immensité

Ceci n’a jamais assez de place

La bienvenue est toujours ailleurs

Avec la foudre avec le flot

Qui s’accompagnent

De méduses et d’incendies

Complaisants à merveille

Ils détruisent l’échafaudage

Surmonté d’un triste drapeau de couleur

Une étoile limite

Dont les doigts sont paralysés

Je parle de te voir

Je te sais vivante

Tout existe tout est visible

Il n’y a pas une goutte de nuit dans tes yeux

Je vis dans une lumière exclusive la tienne.

Paul Eluard