Tu as dans le buste l’âme du violon


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 Tu as dans le buste l’âme du violon

 

De ces pas trop courts, restera à l’étendue les traces d’une suite griffonnée de nappes en nappes des tables de passage. Si ce qu’ils n’osent dire est vrai nous n’avons rien à craindre. Notre moulin à eau est à l’étiage. Les gros nuages écrasés sous la meule en pierre ne feront pas de tort à la récolte. Ce n’est pas la marche solitaire qui peut nuire à la vision globale.

Tu as dans le buste l’âme du violon que l »archet déplace en fonction du refus.

Le tempo de ta poitrine en tapant du bout du sein, scande la promesse de ne jamais céder à la facilité. Laissant le sur-place des fuites aux images pieuses. Du calcaire la craie extraira les marelles pour  apprendre aux enfants à monter au tableau. Il n’y a pas de contre-poison en dehors de la poésie.

Niala-Loisobleu – 25 Novembre 2017

 

L’Âge de continuer d’Être


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L’Âge de continuer d’Être

 

Des pas de lune laissés au centre de la nuit

Un mouvement résonne avant le premier coup de l’aube

Ce qui luit

Aile le reconnaîtra

Si le réverbère penche la tête dans l’eau

C’est signe qu’il est à quai, prêt à repartir

Aiguillon

Pourquoi cette ardeur, jeune face? -Je pars, l’été s’efface.

À grands traits ma peur me le dit,
Mieux que l’eau grise et que les branches.


Genoux aux poings, ange averti ;
Sur ton aile mon fouet claque.

René Char

 

Rien de ce qui est face ne se dérobe à nos mains. Passé le vain de la fête, ses migraines et serrements de tempe, le présent se fait le plus beau cadeau. Dans ce qu’il a dedans, le  poitrail vivant bouge. Ce qui n’est plus qu’un lambeau de brouillard s’est inscrit dans la perte de mémoire.

La rondeur qui entre par l’ouverture des volets, premiers boutons de ton corps sage, appelle à jeter l’inspiration animale de ton bassin sous l’élastique du saut  respiratoire.

Niala-Loisobleu – 25 Novembre 2017

 

JOIE


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JOIE

Ce jour où je naquis, le voici de nouveau là, revenu. Peut m’importe le nombre de fois, c’est seulement la foi qu’il a, qui compte. Et elle demeure pour le 84 ème rallumage des feux

qui se fête encore dans la joie !

Pour la dire comment trouver mieux que de m’adresser à René Char ? Impossible, il m’accompagne depuis si longtemps de sa Lumière.

La fenêtre est grande ouverte sur ce qu’il reste à faire, c’est plus que dire, c’est le travail des mains, leurs caresses comme leurs griffes, qui donne à croire que la Vie c’est du bonheur à bâtir, l’Amour jamais ne meurt !

Niala-Loisobleu – 24 Novembre 2017

 

Joie

 
Comme tendrement rit la terre quand la neige s’éveille sur elle!

Jour sur jour, gisante embrassée, elle pleure et rit.
Le feu qui la fuyait l’épouse, à peine a disparu la neige.

S’il te faut repartir, prends appui contre une maison sèche.
N’aie point souci de l’arbre grâce auquel, de très loin, tu la reconnaîtras.
Ses propres fruits le désaltéreront.

Levé avant son sens, un mot nous éveille, nous prodigue la clarté du jour, un mot qui n’a pas rivé.

Espace couleur de pomme.
Espace, brûlant compo-

tier.

Aujourd’hui est un
Jouve.
Demain verra son bond.

Mets-toi à la place des dieux et regarde-toi.
Une seule fois en naissant échangé, corps sarclé où l’usure échoue, tu es plus invisible qu’eux.
Et tu te répètes moins.

La terre a des mains, la lune n’en a pas.
La terre est meurtrière, la lune désolée.

La liberté c’est ensuite le vide, un vide à désespérément recenser.
Après, chers emmurés éminentis-simes, c’est la forte odeur de votre dénouement.
Comment vous surprendrait-elle?

Faut-il l’aimer ce nu altérant, lustre d’une vérité au caur sec, au sang convulsif!

Avenir déjà raturé!
Monde plaintif!

Quand le masque de l’homme s’applique au visage de terre, elle a les yeux crevés.

Sommes-nous hors de nos gonds pour toujours?
Repeints d’une beauté sauve?

J’aurais pu prendre la nature comme partenaire et danser avec elle à tous les bals.
Je l’aimais.
Mais deux ne s’épousent pas aux vendanges.

Mon amour préférait le fruit à son fantôme.
J’unissais l’un à l’autre, insoumis et courbé.

Trois cent soixante-cinq nuits sans les jours, bien massives, c’est ce que je souhaite aux kaîsseurs de la nuit.

Ils vont nous faire souffrir, mais nous les ferons souffrir.
Il faudrait dire à l’or qui roule : «
Venge-toi. »
Au temps qui désunit : «
Serai-je avec qui j’aime?
O, ne pas qu’entrevoir! »

Sont venus des tranche-montagnes qui n’ont que ce que leurs yeux saisissent pour eux.
Individus prompts à terroriser.

N’émonde pas la flamme, n’écourte pas la braise en son printemps.
Les migrations, par les nuits froides, ne s’arrêteraient pas à ta vue.

Nous éprouvons les insomnies du
Niagara et cherchons des terres émues, des terres propres à émouvoir une nature à nouveau enragée.

Le peintre de
Lascaux,
Giotto,
Van
Eyck,
Uccello,
Fouquet,
Mantegna,
Cranach,
Carpaccio,
Georges de
La
Tour,
Poussin,
Rembrandt, laines de mon nid rocheux.

Nos orages nous sont essentiels.
Dans l’ordre des douleurs la société n’est pas fatalement fautive, malgré ses étroites places, ses murs, leur écroulement et leur restauration alternés.

On ne peut se mesurer avec l’image qu’autrui se fait de nous, l’analogie bientôt se perdrait.

Nous passerons de la mort imaginée aux roseaux de la mort vécue nûment.
La vie, par abrasion, se distrait à travers nous.

La mort ne se trouve ni en deçà, ni au-delà.
Elle est à côté, industrieuse, infime.

Je suis né et j’ai grandi parmi des contraires tangibles à tout moment, malgré leurs exactions spacieuses et les coups qu’ils se portaient.
Je courus les gares.

Cœur luisant n’éclaire pas que sa propre nuit.
Il redresse le peu agile épi.

Il en est qui laissent des poisons, d’autres des remèdes.
Difficiles à déchiffrer.
Il faut goûter.

Le oui, le non immédiats, c’est salubre en dépit des corrections qui vont suivre.

Au séjour supérieur, nul invité, nul partage : l’urne fondamentale.
L’éclair trace le présent, en balafre le jardin, poursuit, sans assaillir, son extension, ne cessera de paraître comme d’avoir été.

Les favorisés de l’instant n’ont pas vécu comme nous avons osé vivre, sans crainte du voilement de notre imagi’ nation, par tendresse d’imagination.

Nous ne sommes tués que par la vie.
La mort est l’hôte.
Elle délivre la maison de son enclos et la pousse à l’orée du bois.

Soleil jouvenceau, je te vois ; mais là où tu n’es plus.

Qui croit renouvelable l’énigme, la devient.
Escaladant librement l’érosion béante, tantôt lumineux, tantôt obscur, savoir sans fonder sera sa loi.
Loi qu’il observera mais qui aura raison de lui; fondation dont il ne voudra pas mais qu’il mettra en œuvre.

On doit sans cesse en revenir à l’érosion.
La douleur contre la perfection.

René Char

Ce qui ne se Dit Pas


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Ce qui ne se Dit Pas

 La nuit cambrée de tes folies

Le jardin clos de nos je t’aime
Une tiédeur où je me plie
Et… Tout ce qui ne se dit pas

Ta lèvre au vert d’où j’émigre
A l’autre bout de tes pensées
Nos pôles au sud en tête à tête
A l’indécence des idées

Ta symphonie qui me rappelle
L’autre rivage sous ta voix
A mes délires à tes pluriels
Dans un voyage au long de toi

Ton souffle tendre où je m’enlise
L’aigre douceur dont tu te pares
Lorsque ton vin m’italianise
Quand tout s’allume sous ton fard

Ton alphabet quand tu m’emmènes
Les mots mouillés qui m’acheminent
Au temple chaud de nos haleines
Au figuré comme une rime

Mon Alpe blanche
Mon altitude
Où je me penche à l’infini…
Au point virgule de tes hanches
Ta vérité comme l’on dit

Des mots voyants de ta lumière
Qui ne sont pas au dictionnaire
Et… Tout ce qui ne se dit pas

****

Et à ton rouge sidéral
Ses profondeurs où tu te mires
Ta barque aux flaques hormonales
Où sombrent au soir les délires

Outre le rêve qui t’incarne
A cette épreuve qui s’immisce
A ton berceau teinté d’arcanne*
La fleur au secret d’un calice

Ce rouge au blanc qui va croissant
Croissant de roux de lune en lune
Aux sources rares au ras des sangs
La corde au mât de ta lagune

Teintée de l’onde où va dormant
Comme un péché sous la dentelle
Aux soirées froides où va longtemps
Une habitude mensuelle

Vingt ans déjà riche de rose
Ce jour aux jours à l’amertume
Le temps de nos métamorphoses
Comme l’époque se consume

De fille en femme
Dans tes carnets
D’orbes infâmes lassée livide
L’ex jeunesse médicinée …
A ses effets d’éphéméride

Et… Tout ce qui ne se dit pas

Mes yeux cachés comme une ride
Qui ne regardent plus que toi

*Arcanne avec 2 « N » : Poudre de traçage de couleur rouge

Jacques Gourvennec (Extrait de Poète sale type)

TOI MA VIE


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TOI MA VIE

Des chemins d’eau sortent
le caillou trempe toujours au sel
A l’étiage mes pinceaux et moi
on a planté notre atelier-jardin
des iris au liseré du palier
quelques canards plus amoureux que jamais
et des ondes en ronds excentriques

Au vent
quand le temps est au souffle
la toile de lin bande des quatre coins
d’un jour de révolution ajouté à la suite des autres

ne sommes-nous pas la suite de nous ?

Bien sûr que si

et m’aime sans savoir écrire

je n’ai d’âge que celui d’aimer

Certains ont avec la craie leur langage
d’autres trouvent à tremper leurs mots aux éclairs des orages
plus enclins à faire tonner le ton
beaucoup se taisent à l’abri d’un pied de mur
monté en pierres de suspension

C’est ainsi qu’aux almanachs des sentiers on voit des oiseaux de toutes les couleurs
ils font le jour la semaine et les mois
chacun tout seul ou tous ensemble comme un kaléidoscope.
qui tourne en toupie
au son d’un orgue de barbarie
que des enfants percent pour y accrocher leurs rondes

Je suis enfant père amant pas marri
je suis le buisson la forêt et le désert
je suis la femme mère de mes landes et chemins douaniers
senteurs bruyères de mauves parfums où vient le sébum des racines
je suis rien qui sert je suis tout ce qui serre
Mes doigts braillent l’alphabet de ton émotionnel partage
lisant pore après pore le chemin de tes attentes
sans idées tordues
sans dessein indécent
que de la folie d’aimer
naïvement
infiniment
parce mon air à moi c’est de te respirer uniquement, Toi ma Vie !

Niala-Loisobleu – 23 Novembre 2017

 

Vois les feux


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Vois les feux

Les saules mettent la main aux tresses des vanneries pendant que tu noues la laine au métier. J’aperçois des chevaux revenus de croisades. Je me demande s’ils vont vouloir bénir l’abreuvoir avant de laisser les conteurs dire l’odyssée. La palme bat le vent à tour de bras, si une branche point à l’Orient ce sera le signe du désir d’allumer les étoiles. Dans les mots du ciel, les pensées courtoises sont restées vierges dans le harnais. Elles vont pouvoir décadenasser. Ce soir laisse ta fenêtre ouverte, le cracheur de feu que tu tiens en sommeil entre tes cuisses sera rejoint par le faiseur de ripailles. Au milieu de la clairière, la terre est initiée au rite solaire. Le gardien de la forêt ouvrira la danse. Le polythéisme restant au profond des campagnes pourra taper du pied jusqu’à l’aube.

Niala-Loisobleu – 22 Novembre 2017

 

L’Inventeur de L’Amour


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L’Inventeur de L’Amour

D’une tempe à l’autre

le sang de mon suicide virtuel

s’écoule

noir, vitriolant et silencieux

Comme si je m’étais réellement suicidé

les balles traversent jour et nuit mon cerveau

arrachant les racines du nerf optique, acoustique, tactile – ces limites –

et répandant par tout le crâne une odeur de poudre brûlée

de sang coagulé et de chaos

à mon propre déséquilibre

C’est avec une élégance particulière

que je porte sur mes épaules

cette tête de suicidé

qui promène d’un endroit à l’autre

un sourire infâme

empoisonnant

dans un rayon de plusieurs kilomètres

la respiration des êtres et des choses

Vu de l’extérieur

on dirait quelqu’un qui tombe

sous une rafale de mitraillette

Ma démarche incertaine rappelle celle du condamné à mort du rat des champs de l’oiseau blessé

Comme le funambule suspendu à son ombrelle

je m’accroche

Je connais par cœur ces chemins inconnus je peux les parcourir les yeux fermés

Mes mouvements

n’ont pas la grâce axiomatique

du poisson dans l’eau

du vautour et du tigre

ils paraissent désordonnés comme tout ce qu’on voit pour la première fois

Je suis obligé d’inventer une façon de me déplacer de respirer d’exister

dans un monde qui n’est ni eau ni air, ni terre, ni feu

comment savoir d’avance
Si l’on doit nager voler, marcher ou brûler

En inventant le cinquième élément le sixième

je suis obligé de réviser mes tics mes habitudes, mes certitudes

car vouloir passer d’une vie aquatique

à une vie terrestre

sans changer la destination

de son appareil respiratoire

c’est la mort

La quatrième dimension (5e, 6e, 7e, 8e, 9e) le cinquième élément (6e, 7e, 8e, 9e, 10e, 11e) le troisième sexe (4e, 5e, 6e, 7e)

Je salue mon double, mon triple

Je me regarde dans le miroir

et je vois un visage couvert d’yeux

de bouches, d’oreilles, de chiffres

Sous la lune mon corps projette une ombre une pénombre un fossé un lac paisible une betterave

Je suis vraiment méconnaissable

J’embrasse une femme sur la bouche

sans qu’elle sache

si elle a été empoisonnée

enfermée mille ans dans une tour

ou si elle s’est endormie

la tête sur la table

Tout doit être réinventé il n’y a plus rien au monde

Même pas les choses

dont on ne peut pas se passer

dont il semble

que dépend notre existence

Même pas l’aimée cette suprême certitude

ni sa chevelure

ni son sang que nous répandons

avec tant de volupté

ni l’émotion que déclenche

son sourire énigmatique

chaque après-midi à 4 heures

(4 heures

ce chiffre préétabli suffirait à mettre en doute nos étreintes ultérieures)

tout

absolument toute initiative humaine

a ce caractère

réducteur et prémédité

du chiffre 4

même certaines rencontres fortuites les grandes amours, les grandes les subites crises de conscience

Je vois le sang crasseux de l’homme plein de montres, de registres d’amours toutes faites de complexes fatals de limites

Avec un dégoût que je finis par ignorer je me meus parmi ces figures toutes faites

connues à l’infini

hommes et femmes chiens, écoles et montagnes

peurs et joies médiocres révolues

Depuis quelques milliers d’années on propage

comme une épidémie obscurantiste l’homme axiomatique : Œdipe

l’homme du complexe de castration et du traumatisme natal

sur lequel s’appuient les amours

les professions

les cravates et les sacs à main

le progrès, les arts

les églises

Je déteste cet enfant naturel d’Œdipe je hais et refuse sa biologie fixe

Et si l’homme est ainsi parce qu’il naît

alors il ne me reste plus qu’à refuser

la naissance

je refuse tout axiome

même s’il a pour lui l’apparence

d’une certitude

A supporter comme une malédiction cette psychologie rudimentaire déterminée par la naissance nous ne découvrirons jamais la possibilité de paraître au monde hors
du traumatisme natal

L’humanité oedipienne mérite son sort

C’est parce que je ne me suis pas encore détaché du ventre maternel et de ses sublimes horizons que je parais ivre, somnolent et toujours ailleurs

C’est pour cela que mes gestes semblent interrompus, mes paroles sans suite mes mouvements trop lents ou trop rapides contradictoires, monstrueux, adorables

C’est pour cela que dans la rue rien, pas même le spectacle infamant d’un curé ou d’une statue ne m’irrite davantage que de croiser un enfant

Si je passe mon chemin

c’est que le tuer serait un geste

déjà fait et trop vague

Je préfère être parmi les gens comme un danger en suspens plutôt qu’un assassin

comme un provocateur de longue agonie

De cette position non-œdipienne

devant l’existence

je regarde d’un œil maléfique et noir

j’écoute d’une oreille non acoustique

je touche d’une main insensible

artificielle, inventée

la cuisse de cette femme

dont je ne retiens ni le parfum

ni le velours – ces attractions constantes

de son corps magnifique – mais l’étincelle

électrique, les étoiles filantes de son corps

allumées et éteintes une seule fois

au cours de l’éternité

le fluide et le magnétisme de cette cuisse

ses radiations cosmiques, la lumière

et l’obscurité intérieures, la vague de sang

qui la traverse, sa position unique

dans l’espace et le temps

qui se révèle à moi sous la loupe

monstrueuse de mon cerveau

de mon cœur et de mon souffle

inhumaine

Je n’arrive pas à comprendre

le charme de la vie

en dehors de ces révélations uniques

de chaque instant

Si la femme que nous aimons ne s’invente pas sous nos yeux

si nos yeux n’abandonnent pas

les vieux clichés

de l’image sur la rétine

s’ils ne se laissent pas exorbiter se surprendre et attirer vers une région jamais vue

la vie me semble une fixation arbitraire à un moment de notre enfance ou de l’enfance de l’humanité

une façon de mimer

la vie de quelqu’un d’autre

En effet, la vie devient une scène

où l’on interprète
Roméo,
Caïn,
César et quelques autres figures macabres

Habités par ces cadavres

nous parcourons comme des cercueils

le chemin qui relie

la naissance à la mort

et il n’est pas étonnant

de voir surgir

du cerveau abject de l’homme

l’image de la vie après la mort

cette répétition, ce déjà vu

cette odieuse exaltation du familier

et de la contre-révolution

Je hume la chevelure de l’aimée et tout se réinvente

Humer la chevelure de l’aimée

avec l’idée subconsciente et dégradante

de l’embrasser ensuite sur la bouche

de passer des préliminaires à la possession

de la possession à l’état de détente et de celui-ci à une nouvelle excitation résume toute la technique limitative de ce cliché congénital qu’est l’existence
de l’homme

Si en exécutant cet acte simple : humer la chevelure de l’aimée on ne risque pas sa vie on n’engage pas le destin du dernier atome de son sang et de l’astre le plus lointain

si dans ce fragment de seconde

où l’on exécute n’importe quoi

sur le corps de l’aimée

ne se résolvent pas dans leur totalité

nos interrogations, nos inquiétudes

et nos aspirations les plus contradictoires

alors l’amour est en effet ainsi que le disent les porcs une opération digestive de propagation de l’espèce

Pour moi, les yeux de l’aimée sont tout aussi graves et voilés que n’importe quel astre et c’est en années-lumière qu’on devrait mesurer les radiations de son regard

On dirait que la relation de causalité

entre les marées

et les phases de la lune

est moins étrange

que cet échange de regards (d’éclairs)

où se donnent rendez-vous

comme dans un bain cosmique

mon destin

et celui de l’univers tout entier

Si j’avance ma main vers le sein de l’aimée je ne suis pas étonné de le voir soudain couvert de fleurs

ou que tout à coup il fasse nuit

et qu’on m’apporte une lettre cachetée sous mille enveloppes

Dans ces régions inexplorées que nous offrent continuellement l’aimée

l’aimée, le miroir, le rideau la chaise

j’efface avec volupté

l’œil qui a déjà vu

les lèvres qui ont déjà embrassé

et le cerveau qui a déjà pensé

telles des allumettes

qui ne servent qu’une seule fois

Tout doit être réinventé

Devant le corps de l’aimée

couvert de cicatrices

seule une pensée œdipienne

est tentée de l’enfermer

dans une formule sado-masochiste

seule une pensée déjà pensée se contente d’une étiquette d’une statistique

J’aime certains couteaux

sur lesquels l’emblème du fabricant

ressuscite dans l’humour

les vieilles inscriptions médiévales

J’aime promener un couteau sur le corps de l’aimée certains après-midi trop chauds où j’ai l’air plus doux inoffensif et tendre

Son corps tressaille soudain comme il le fait toujours lorsqu’il me reçoit entre ses lèvres comme dans une larme

Comme si j’avais laissé traîner

ma main dans l’eau

pendant une promenade en barque

sa peau s’ouvre de chaque côté du couteau

laissant glisser dans sa chair cette promenade onirique de sang que j’embrasse sur la bouche

Je vois d’ici

le cerveau satisfait de l’homme qui me dénonce à la psychologie comme vampire

Je vois d’ici dans d’autres après-midi

quand mon amour est une flamme

égarée dans sa propre obscurité

poursuivi par sa propre inquiétude

se lançant à lui-même des pièges souples

et déroutants, des questions

et des réponses simultanées

de longs corridors

des escaliers tournant à l’infini

des chambres murées dans lesquelles

je me suis tant de fois suicidé

une végétation sauvage, un fleuve

je vois d’ici les circonvolutions

simplificatrices, orgueilleuses

et cyniques

qui découvrent en moi un narcisse encore un narcisse, encore un fétichiste un scatophage ou nécrophile ou somnambule ou sadique, encore un sadique

Avec une volupté secrète et inégalable qui rappelle l’existence travestie du conspirateur et du magicien

je prends la liberté de torturer l’aimée de meurtrir ses chairs et de la tuer sans être sadique

Je suis sadique exactement dans la mesure où l’on peut dire : il l’a tuée parce qu’il avait un couteau sur lui

J’ai sur moi une psychologie sadique

qui peut me surprendre

en train de violenter une femme

mais à cet acte

auquel participe tout mon être

ne participent pas

toutes les virtualités de mon être

Aucun acte ne peut dire son dernier mot mais dans n’importe lequel même dans l’acte le plus élémentaire je risque ma vie

J’aime cette paisible soirée d’été où je regarde par la fenêtre le firmament

Alors que mes yeux se laissent attirer

par une seule étoile

(j’ignore pourquoi je la fixe

avec tant de fidélité)

mes mains fébriles, minces, déroutantes

de vraies mains d’assassin

pèlent une pomme

comme si elles écorchaient une femme

Le sexe en érection

une sueur froide sur tout le corps

respirant de plus en plus vite

je mords le fruit

tout en regardant par la fenêtre

l’astre lointain

avec une candeur de démon

Je ne sais pas pourquoi

je pense maintenant aux deux sadiques

de la végétation

Guillaume
Tell et
Newton

mais si la loi de la gravitation

peut être déduite de la pomme légendaire

de
Newton et l’accélération des mobiles

de la flèche de
Tell

alors mon amour peut être lui aussi

qualifié de sadique

comme toute simplification

mythique et légendaire

J’aime cette aimée inventée cette projection paradisiaque de mon cerveau infernal dont je nourris mon démon

Je projette à l’infini sur sa chair angélique les convulsions, les poisons la colère

niais surtout ma grande

ma terrible passion pour le sacrilège

Cette passion illimitée pour le sacrilège

maintient à la température de la négation

à la température

de la négation de la négation

toute ma haine sans bornes

Ipour absolument tout ce qui existe parce que tout ce qui existe contient dans ses virtualités souterraines un tombeau que nous devons profaner et parce que nous-mêmes à cet
instant

avons la tendance cadavérique de nous accepter de nous axiomatiser

J’aime cette femme qui de ses veines

si précieuses

me prépare tous les matins

un bain chaud de sang

Après cette toilette élémentaire

de mon démon

je ne reconnais plus rien

même pas mon propre sang

 

Ghérasim Luca
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Ayant perdu la notion des saisons, j’eus l’oreille mordue par surprise par une créole, imbécile j’attendais un pendentif de cerisier. La toile d’attente n’a de mémoire de coureur des mers, jamais raccourci que l’espérance, pas la traversée de l’Atlantique. Comme si le temps où l’on mettait les chansons dans la cire avait pas brûlé aux vols quand dans les transports. Le premier qui rira aura un billet pour une place d’orchestre au diner de cons. Les problèmes de robinets c’est des histoires d’eau pour l’ô tari. Jongleur ça se conjugue à colin-maillard dans la culotte du zouave, comme dit ma soeur. A la trappe le dernier tango je te la corde. J’invente toujours une manière de vivre, en plaçant l’amor au-dessus de tout. C’est dire ma vraie vision affabulatrice que je dissimule sous un sarment dans les vignes de mes vapeurs, ma part des anges.
Niala-Loisobleu 21 Novembre 2017

Accident de transport


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Accident de transport

 

Glissade autour du paysage, le soleil au zénith s’est recouvert d’un tapis de brume. Tombé au nadir le point culminant est affalé dans sa propre vapeur. Le souvenir se parfume de cendres qui le refroidissent au passé. Le transport est en train de mourir d’ennui. La route bute à l’immobile d’une glaciation paralysante. Tombant comme une lame tranchante, il semble que l’abandon cherche à faire passer sa reconnaissance. Jet de l’éponge sur ce qui respire mal dans le présent. Si c’est cette destination que la voie aspire, sans oser le dire, je dois chercher dans les toiles la lumière significative. Passer par l’éclipse, corriger la promesse, la remettre à jour, en en dégageant la peau qui pourrait être morte, sans jouer aveuglement avec l’ivresse d’un mirage.  Toute ‘impression contient sa part d’erreur, l’absence de certitude appelle à gratter la couche du dessus. Qu’y-a-il sous le lit de feuilles, une plante qui continue à vouloir sortir ou un faux-bois qui y ressemble sans la sève ? Donner  la vie demeure, pas le faux-semblant d’un atome d’auto-satisfaction orgueilleuse. Je dois rester droit dans mon tain.

Niala-Loisobleu – 21 Novembre 2017