6 réflexions sur “Un rêve glisse

  1. Sur le pavé bleui de pluie, vous verrez peut-être, un soir d’étrange lune, de bizarres confettis d’aluminium tremblant à la lueur des réverbères. Laissez-moi vous dire que je connais bien cette texture particulière. Ce n’est pas de l’aluminium.
    C’est qu’à l’équinoxe, il arrive parfois que des cristaux de pleine lune se détachent de l’astre mort, et viennent se poser à terre en tempête silencieuse. La mousse des prés devient translucide sur leur passage. La mer et les forêts, opalescentes. Les hiboux miaulent. Les chats hululent. Le vent se tait soudain. Aurez-vous un jour la chance d’observer ce phénomène de vos propres yeux ? Car d’ici-là je sais bien que vous ne me croirez pas. Et pourtant…
    Les cristaux de lune et leur lumière diaphane et scintillante se posent sur les objets et les détraquent. Comme des doigts de fée, ils laissent de leur passage une empreinte indicible, un courant d’air subtil d’ultrasons. Mais un œil averti reconnaît bien leur marque : la petite aiguille des pendules s’arrête et repart à l’envers, ainsi que les ailes des moulins, d’ailleurs. Tandis que la grande aiguille continue sa course en avant. Il en résulte une distorsion du temps et de l’espace pendant laquelle tout semble possible. La maison et tout ce qu’elle contient se mettent à ronronner, à danser, à trépigner, les murs se déforment comme de la guimauve dans un conciliabule d’ustensiles et d’appareils mal lunés chuchotant dans les corridors. La rampe de l’escalier se prend pour un serpent et ondule sous vos pas. Les chaussettes esseulées errent dans la quatrième dimension à la recherche de leur moitié perdue.

    Les cristaux de lune et leur lumière diaphane et scintillante se posent aussi, parfois, sur les gens. L’effet en est très différent. Leur cœur explose alors en mille battements d’étincelles, versant des fleuves d’ouragan. Leur peau se met à palpiter. Leurs mains cherchent d’autres peaux qui palpitent. De fines ailes leur poussent aux chevilles. Leur âme vogue dans un bain frais de gentiane et de menthe poivrée. Et leur sourire fait fondre en sorbet tous ceux qu’il touche. On dit que leurs yeux portent à jamais dans leurs prunelles de fines particules d’or.
    Célestine. 15 Mars 2017

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    • Je les ai vu ces soirs
      Et par la grâce de plumes comme la tienne. Magnifique, émouvante, douce et moins quand il faut remettre les choses en place. Franche, nette comme l’herbe dans laquelle on déjeune de bonheur sur la nappe à carreaux. Tu as l’oeil du bleu qui fait pleurer de joie de vivre, la Vie nous unit sans tricher ma Belle Célestine !

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