BONNES ET MAUVAISES LANGUES


BONNES ET MAUVAISES LANGUES

 

Ne dites pas sur un chemin de pierre

D’épaisses maisons fendues par la culture

Ne dites pas j’ai honte un aigle irrespirable

Vous prendrait à la gorge à la lampe des moissons de langues

La peur comme une fleur flétrie au fil de l’eau

La proue des nerfs contraire au vent

Monarque ne te mets pas à genoux

Illustre continent

Aussi laid que cheval et bourgeois réunis

Ne prends pas la forme d’une machine à faire le mort

Prends garde aux géographies menaçantes des nouveaux délires

Aux mains guidées par les odeurs feuillages et tenaces

A l’oreille qui sort du parloir

Aux caresses dictées par la pitié glacée des songes

Si tu heurtais mon front

Tu rejoindrais l’immensité à tête d’épingle.

Les rouages les plus familiers se brisent

Dans la main gantée des prisons

Le mouvement luisant s’éteint des ombres passent

Le chemin parcouru à grande allure

Lorsque les tropiques voguaient sur la mer des étoiles

Lorsque le ciel pavé d’oiseaux chantait dans les banlieues

Vient échouer ici

On avait mis le cap aux perles aux framboises

Aux seins sensibles des merveilles

Aux roses farouches de l’orage

Et l’on apprend l’alphabet des ignorants.

En souvenir d’un fauve au ralenti maté dompté
On prend des chaînes pour limites
On cultive l’art d’être heureux

On appuie de temps en temps sur le levier complaisant du bien

On met de l’eau dans son soleil.

Pour rendre la tête à sa destinée

Voici sauvage le délire aux ondées de lueurs

Aux reflets opposés sur des lits verticaux et blafards

Ciseaux de flammes jumelles

Voici l’épouvantable ardeur de la parole qui n’est

pas dite pour être entendue
Le geste qui cherche le vide
La chasse aux pendus la pêche aux noyés
Les grands froids enragés la glu du désert
La lutte à mort avec les apparences.

Le crépuscule ce caméléon qui meurt

Ce fou qui s’accroche à moi

Il faudrait le mettre dans du coton

Ne lui laisser qu’un œil et quoi encore

Ma chambre s’est coiffée pour la nuit

Elle est au seuil de ses vêtements de nuit

Comme la pluie au début d’une fête

Ma chambre se sépare de mon univers

Et je ne connais plus que ce qui n’est pas là

Il y avait une corbeille de lait chez une belle sorcière
Dans une cachette avec des jouets incompréhensibles
J’ai parlé de la glu du désert et le désert est une abeille
De misérables petites absinthes végètent dans la

sécheresse
Dans la peau du silence paresseux
Comme on parle de son malheur
Avec des mots qui ne font mal qu’aux innocents

Je sais aussi que les nuages la gorge lourde et basse
Courbent des forêts vierges sur des mares de mousse
Que l’océan bouge comme un cerceau qui tombe

Les étoiles sont sur le pont

Les plages épousées ne volent plus que d’une aile
Je sais qu’il y avait chez une fille meilleure que le premier pain blanc
Assez d’audace pour s’ouvrir à la vérité

La vérité avec son cortège interminable
D’évidences puériles.

Des kilomètres de secondes
A rechercher la mort exacte.

Tranquilles objets familiers

Nous descendrons dans une mine héroïque

Nous en tirerons les verrous

Nous avons fermé les volets
Les arbres ne s’élèveront plus
On ne fouillera plus la terre
On ne nous déterrera pas

Il n’y a plus de profondeurs
Ni de surfaces.

Paul Eluard
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Mon Truc à Plume 1


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Mon Truc à Plume 1
À la Tombée du Plafond

par Lucien Becker

I

Le vent n’a pas voulu votre haleine

l’oreiller s’est vidé de sommeil

Les colchiques sont des étoiles épuisées

et le matin glisse sur eux de son pas mouillé

de paupières pleines

Les bas mal tirés de l’aube

s’éclairent à peine de cuisses vernies

La fausse éloquence des usines

le rire faux des fenêtres

ne veulent plus se taire

Les murs se regardent sans comprendre

La buée est restée l’écorce docile des maisons

La tête ne pense pas dans la gelée des vitres

derrière la fenêtre il y a un grand vide

que ne peut chasser la main

Un vent fumeux un vent décapité

déborde au-dessus des trottoirs

amassés contre les portes closes

Pas un couteau de soleil dans le dos

la voix de la femme a la forme de sa robe

une tête sans yeux regarde derrière nos têtes

des signaux indéchiffrables heurtent nos certitudes

La pluie qui scie la porte

a pourri tant de cadavres mal enterrés

La lumière ne peut plus remonter

retenue dans les lampes livides

et dans les bouteilles bues

II

Le jour fait de grands gestes

de sa main prise dans le volet

mais la fenêtre est levée comme un couteau

Le miroir est profond de toute la chambre

Le rideau n’est pas encore hésitant

du passage féminin de la lumière

la tête coupée de sommeil

est sur le lit

La rue passe sur le plafond

et la suie de l’obscurité tombe

s’arrête à l’accueil des portes vitrées

droites dans leur col

Comme une montre le jour avance

avec le bruit que fait le pont sortant de l’herbe

Le dormeur est toujours mort

de ses paupières collées

comme des fruits privés d’air

III

Un oiseau chante dans les couloirs de l’espace où la solitude est égale et stable entre les feuilles
La lumière déforme les regards enferme l’ombre dans son étui de soleil
Quelque part un piano se défend de pleurer un tas de feuilles mortes respire doucement quelque part dans une maison calme le jour se peigne à travers les volets les toits ne bougent
pas malgré leur fièvre les cheminées sont droites comme des plantes et le ciel monte d’elles très haut vers le soleil vers l’horizon où s’attache la hanche de la terre
une feuille d’ortie transparente de lumière un moulin de verre bat sur la ville nocturne un coup d’aile de clarté dévaste la terre la grande peur se retire des espaces
visibles

IV

L’hiver expose ses miroirs

à la terre qui entre dans le village

sur la pointe des pieds

aux saules gantés de tout le ciel

C’est le moment de croire à la vie éternelle

par les nuits ramées de nos pauvres lampes

de se défendre contre le soleil endimanché

qui ne connaît personne de son monocle froid

Le ciel est plus cassant

sur les terres amarrées par le gel

Le vent bouscule les passantes de la fumée

envie les lits larges comme des plafonds

Les vitres sont noires et dures

le jour n’y taille plus ses couteaux

les murs sont pensifs

les visages sont hauts comme des cheminées

l’amour couve sous ses mains moites

ses caresses démesurées

la campagne n’approche des routes

que par quelques pas dans la neige

elle reste des jours sans un mot de vent

qui s’use plus loin aux murs du village

parfois se casse le doigt sec d’une herbe

et la nouvelle se propage jusqu’à la ferme

le vent qui renifle la senteur du charbon

rentre à la même heure nocturne

dans sa chambre mal chauffée

V

Ies oiseaux se lèvent

et de leurs ailes se détachent les seins légers de l’air

les champs se taisent de toute leur rosée

la terre qui façonne le pain frais du soleil

n’a de tremblement que celui de ses feuilles

qui repoussent les battants du vent

taché de l’ombre des branches

Ses tempes sont claires comme celles des enfants

Les fenêtres se dévisagent

mais il reste de la nuit en elles

comme une flaque voyageuse

à la pointe des seins

Ma tête sort de son col de sommeil

et retrouve sur les murs les hautes bornes du matin

La mémoire rappelle ses promeneurs

levés de la même nuit que moi

et c’est la même affluence

que je ne peux disperser

vers qui vers quel être disponible

le même déploiement de peines bien appris

qui font un pont de mes yeux ouverts à mes yeux fermés

La tête regarde la main partir

à son travail quotidien

VI

Elle a de grands yeux qui font le tour de la tête

paupières dociles comme des céréales

ma bouche décroise vos craintes

et laisse tomber des feuilles de plaintes

prêtes sur la branche blessée de la gorge

et fond avec toutes les racines qui puisent

au plus obscur du tourment

la force de m’entourer de l’ombre de ma nuit

un beau regard pesant qui avait les yeux noirs

et qu’entre deux alcools

mon rêve obtint pour ses noces

comme une cloche battante d’insomnie

Regard dévisagé par une vie entière

tu es ma défense contre la mort

tu es la détresse quotidienne

qui souffle de mon cœur

Trop de sentiers tournent sans hâte au fond des bois

trop de lampes veillent dans la mémoire noire

trop de reflets brisent ta chair étonnée

avant cette mort où mers éteintes

tous passages refermés

nous serons les cristaux d’une étoile fausse

VII

Les péniches blanches et cuivrées de l’été

sont très loin très droites très sûres

et leur calme blesse ma colère toute prête

on ne voit rien on pressent qu’il se déplace

quelque chose derrière le rideau des céréales

et là où l’avoine et le blé sont moins denses

La tête des chevaux et l’échelle des voitures

dérangent le rêve des campagnes

Le jour m’apporte son démenti le plus nu

et je saigne par places de toutes ses étoiles

de tous ses rayons déracinés

par le couteau noir des profondeurs

mais l’ombre est plus large et plus féconde

et sa quête aveugle de vierge apeurée

charge le soleil de ses jambes hautes et dures

décapite ma tête (le battement plus frais des yeux)

avec celle somnolente des collines

se renverse dans l’éclatement d’un nuage

et tous les insectes du regard se posent

sur une épaule ouverte dans une femme

VIII

La tête nette comme un os

l’œil gauche comme un œuf à la coque

la main poignée d’alarme et de désespérance

plus nécessaire que le fond des yeux

toujours cernés par des hauteurs

sont dans leur gant loin l’un de l’autre

La nuit attend

la naissance du silence

Une rumeur rencontre des tiges de blé

qui ne veulent pas dormir

de leur beau regard brisé

de tant de paupières consentantes

Les étoiles attendent le train

je ne vois plus clair que par elles

que par leurs fentes

La joie s’ouvre comme une huître

et la pomme du rire roule jusqu’à la mer

avec des arrêts dans les grandes villes

au bord des ponts où la terre fuit

IX

Tu frappes des routes qui ne sentent rien

on t’ouvre des bras qui n’ont pas de charnières

tu veilles sous la lampe du front

tout le visage rassemblé dans un sourire

tu endors ton corps dans le lit

tu t’y refermes avec des gestes

qui sont ceux mêmes de ton enfance mal cicatrisée

ta pipe est plus chaude que ton cœur

ta vue est plus sûre que celle de ta mémoire

frappe plus fort ton pied désorienté

par les mille années de sommeil d’une nuit

et ce vent rocheux

debout sous les nuages flétris

qui niche dans l’oreille encore tiède

tu ne le quittes pas au premier tournant

tu respires sa brûlure étoilée

il te ferme toutes les portes

il fume des cheminées endormies

et ton songe tendu de feuillage mouillé

fait place à la clarté nerveuse du jour

qui pose un regard sur chaque pierre apparue

et n’atteint pas la nuit centrale

qui monte avec les doigts du sang

derrière les vitres où se fane ton œil

X

Le seau de l’orage

sur la tête nue des prés

les flaques d’où s’élève le nuage

et que les feuilles traversent en barques

montent jusqu’au bord d’une autre flaque

et s’attendent

Les pigeons émietteurs de soleil

égalisent à coups d’aile un ciel lavé

Un passant cherche une rue

où les poules de la terre ont pondu des cailloux

où les arbres sifflent les feuilles parties

vers d’autres arbres d’autres ruches

Dans les villages horizontaux

les maisons contre leurs bancs

écoutent le soir verrouiller la terre

des fleurs sèchent sur la tapisserie

la fraîcheur est debout dans les couloirs

le vent déborde un peu de sa vallée et la fumée entre dans l’éternité

XI

O pauvreté de mes veines

comme des rides sous la peau

je monte mes tourments

à vos étages difficiles

vous faites le tour de ma vie sans me voir

sans connaître le doute

que mène parmi moi votre attelage docile

Mes blessures sont vos blessures

et de cet œil de sang

où toutes vos prunelles abordent

vous voyez mal les chemins de la terre

où les flaques de regards se séparent

et se vident d’un trait

sans même l’éclat d’un regret

Vous n’entendez pas ma voix

vous êtes si loin dans vos mains

dans les grottes où je n’ai pas accès

et haletantes vous dites au cœur

que le monde est plus clair et plus grand que

XII

Je veux bien me planter au centre du vent mais pour une minute fraîche et oculaire comme les andains de rosée
La peur fumeuse se découd

comme l’incendie sous le toit

Elle est dans la poche

au carrefour des lignes de la main

sa parole est une peau ensommeillée

mal vêtue de soleil

son ressort de hasards sous le cœur

monté sur aubépine

avec de brusques détentes dans toute la vannure

des signes très brefs sur la portée des cils

elle est plus rouge que la joue en plongée

que l’invasion de l’oxyde sous l’ongle du fer

un poumon fait pour l’éclatement

l’annule de toute sa respiration

et la peur se distingue à peine de la paille

offerte par les mains de la haie

après les moissons généreuses

Le danger de soleil est imminent

dans le matin qui s’ouvre comme une porte

la nuit est comme une pêche

de désirs qui pousse sur la terre

et l’épouvante dans l’arbre creux du songe

s’allonge se perd aux mille raisons des racines

Et l’autre qui me gave avec ses démangeaisons d’acné qu’elle voudrait du poil dans la blessure, tout ça pour l’épiler, Non mais !
Si l’ado l’est sans c’est pas forcément d’la faute des parents,
Imagines, bordel, imagines !
Avant ils disent que c’était mieux, mais avant quand c’était mieux ils se plaignaient aussi du moment présent,
Je crois que ce qui fait l’ô d’heur c’est quand ça mouille vraiment du coeur pas du lubrifiant, Rien que de Toi,
N-L – 10/11/17

Tu es là, raison de plus pour que tu viennes


 

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Tu es là, raison de plus

pour que tu viennes

T’as les pieds dans tes godasses,

regardes quand même si le sens des chaussures est bien à l’endroit.

La signification de l’ensemble a le même fondement, ce qui varie sans doute, c’est sa façon de faire. Tu sais c’est l’application du rêve où tu cours sans avancer. Tout est en place et il manque le principal. Peut-être faut-il monter dans la cabine de pilotage et te mettre à la chek-list ? Rappelles-toi le principe du palais. Tu places l’aliment dans ta bouche et laisse monter son goût, tu sens la saveur des arômes envelopper ta langue, la saveur va descendre dans ta gorge….si rien de ceci ne se passe, tu peux dire que tu as seulement bouffé sans avoir rien goûter.

Voilà c’est exactement ça, t’as trouvé, je suis à table mais pas dans l’assiette, ni dans le vert, je cherche à croquer. Rien. Je veux laisser ma langue fermer les yeux pour glisser à l’entrée du pore. Qu’elle aille reconnaître le relief. S’insinue dans les creux. Se glisse sous les fourrés. Descende les crevasses. Plonge dans le flot d’un battement sanguin. Sous-marine dans le vaste aquarium de la volupté des grands-fonds.

Oui, se laisser retourner la peau des lèvres à l’émail des écailles qui tournoient de haut en bas et de bas en ô. C’est l’onctuosité et le râpeux tout à tour, le sucré-salé, cette rencontre qui ne peut se décrire que tu cherches à retrouver.

Niala-Loisobleu – 10 Novembre 2017