BRIS DE GLACE


IRELAND. 1962. Dublin.

BRIS DE GLACE

Dans une étouffante lourdeur la soirée de ce Samedi soir, buttait aux cadenas du manque d’humanité. Soudain une énorme poussée d’air fit sauter la mauvaise foi, d’un tonitruant: « Marre, j’en ai marre, d’être traité comme une bête ».

Les sept vieillards

A Victor Hugo

Fourmillante cité, cité pleine de rêves,
Où le spectre en plein jour raccroche le passant !
Les mystères partout coulent comme des sèves
Dans les canaux étroits du colosse puissant.

Un matin, cependant que dans la triste rue
Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur,
Simulaient les deux quais d’une rivière accrue,
Et que, décor semblable à l’âme de l’acteur,

Un brouillard sale et jaune inondait tout l’espace,
Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros
Et discutant avec mon âme déjà lasse,
Le faubourg secoué par les lourds tombereaux.

Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes,
Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux,
Et dont l’aspect aurait fait pleuvoir les aumônes,
Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux,

M’apparut. On eût dit sa prunelle trempée
Dans le fiel ; son regard aiguisait les frimas,
Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée,
Se projetait, pareille à celle de Judas.

Il n’était pas voûté, mais cassé, son échine
Faisant avec sa jambe un parfait angle droit,
Si bien que son bâton, parachevant sa mine,
Lui donnait la tournure et le pas maladroit

D’un quadrupède infirme ou d’un juif à trois pattes.
Dans la neige et la boue il allait s’empêtrant,
Comme s’il écrasait des morts sous ses savates,
Hostile à l’univers plutôt qu’indifférent.

Son pareil le suivait : barbe, oeil, dos, bâton, loques,
Nul trait ne distinguait, du même enfer venu,
Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques
Marchaient du même pas vers un but inconnu.

A quel complot infâme étais-je donc en butte,
Ou quel méchant hasard ainsi m’humiliait ?
Car je comptai sept fois, de minute en minute,
Ce sinistre vieillard qui se multipliait !

Que celui-là qui rit de mon inquiétude,
Et qui n’est pas saisi d’un frisson fraternel,
Songe bien que malgré tant de décrépitude
Ces sept monstres hideux avaient l’air éternel !

Aurais-je, sans mourir, contemplé le huitième.
Sosie inexorable, ironique et fatal,
Dégoûtant Phénix, fils et père de lui-même ?
– Mais je tournai le dos au cortège infernal.

Exaspéré comme un ivrogne qui voit double,
Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté,
Malade et morfondu, l’esprit fiévreux et trouble,
Blessé par le mystère et par l’absurdité !

Vainement ma raison voulait prendre la barre ;
La tempête en jouant déroutait ses efforts,
Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre
Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords !

Charles Baudelaire

Où était donc passé le bon côté de la mer, celui qui transporte l’écume et sa baleine sous la main sûre de Jonas ? J’étouffais la gorge pleine, les yeux noyés, les deux mains avalées par le requin borgne. Le pot-au-feu de l’amer n’était plus qu’un tourbillon dans lequel se débattait les hauts-le-coeur. Non l’injuste vision ne peut donner seule son itinéraire pour le mépris. Debout sur le plat-bord, j’attrapais le filet pour lui mordre les mailles. Libération.Le maudit Dick capitaine doit se démordre lui-même de sa vision paranoïaque. On ne poursuit pas une fausse idée constructive à bord d’une grue de démolition. Marie, mon ange, en ce moment en Espagne, sentant le mauvais coup, m’envoya de Cadix, sa belle figure. de proue: « Papou je t’aime tiens le coup, me dit-elle. »

Nialka-Loisobleu – 26 Mars 2017

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6 réflexions sur “BRIS DE GLACE

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