Une tempête et la suite


ba32eb6353b144102be6c211890c4a8c

Une tempête et la suite


Une tempête
Approchait, et je vis, en relevant la tête,
Un grand nuage obscur posé sur l’horizon ;
Aucun tonnerre encor ne grondait ; le gazon
Frissonnait près de moi ; les branches tremblaient toutes,
Et des passants lointains se hâtaient sur les routes.
Cependant le nuage au flanc vitreux et roux
Grandissait, comme un mont qui marcherait vers nous.
On voyait dans des prés s’effarer les cavales,
Et les troupeaux bêlants fuyaient. Par intervalles,
Terreur des bois profonds, des champs silencieux,
Emplissant tout à coup tout un côté des cieux,
Une lueur sinistre, effrayante, inconnue ;
D’un sourd reflet de cuivre illuminait la nue,
Et passait, comme si, sous le souffle de Dieu,
De grands poissons de flamme aux écailles de feu,
Vastes formes dans l’ombre au hasard remuées,
En ce sombre océan de brume et de nuées
Nageaient, et dans les flots du lourd nuage noir
Se laissaient par instants vaguement entrevoir !

Victor Hugo

La ligne d’horizon passée au-delà du chant de vision sous le glissement d’un plomb qui scelle, entre deux rabats-joie couchant toute tentative d’éclaircie, je ne vois que vents répétés, couvrant la voie. Des morceaux de ce qui fut un tout se déplacent sous les poussées, chapeau de paille des chaumes de ma place, où l’atelier recroquevillé, se rentre la tête dans les épaules. Même les vitres en appellent à la protection des volets, tant tremble la transparence devenue torrent.

Aujourd’hui les contrastes sont plus menaçants qu’hier. Dehors on ne récolte que d’hétéroclites choses venues dont ne sait où, comme de qui. Enorme différence avec l’ordinaire de la majeure partie du temps.J’imagine en voyant passer un bateau fantôme qu’il est ivre, agité seulement par la pensée de la robe qui se soulève que la mariée avait encore ses jarretières pour se retenir au bastingage avant l’ennui de noces. Le bruit s’intensifie autour des cotillons, pendant que l’entrejambe du tango glisse des images pleines de prés verts. Humeur friponne sautant l’élastique qui te ceint le ventre, je tape dans mes mains en regardant la pointe de ma pyramide suivre tes identiques désirs. Le sphinx, gardien fidèle, n’a pas failli, il a préservé le décrochement du soleil  de son zénith. Au lit d’ô ta lagune me fait de grands signes.

Restons solides au bleu du quai.

Niala-Loisobleu – 5 Février 2017

A TON BORD


pro10621-sepedit

A TON BORD

A contre-vent l’eau se met en rafale, sur la route l’impression que les marches de l’écluse à poissons sont plus hautes qu’avant, oblige à serrer davantage ses mains sur la godille. Ce rideau d’éclaboussures célestes ne facilite en rien le choix. Mais qui n’avance pas recule, il faut trouver son passage, quitte à creuser un autre chenal. Pilotis en échasses on peut espérer sauter le trou. Les sorcières malmènent les tuiles, mon Toi, je t’entends qui gémis sous les abats torrentueux.

Si la couleur des cabanes résiste au déluge, le risque d’engloutissement des tons chauds, passera la 3° vague, réputée plus dangereuse. A ta poitrine, seins ruisselants d’écume, je resserre l’écoute mon Coeur. Tes flotteurs te rendent insubmersible, je me rassure rien qu’à l’évocation des pouvoirs magiques que tu m’as appris d’eux.

Passent les poids lourds des rails tanker. Là-bas au loin les derricks ne me font pas prendre les alouettes par la tête. Les mires peuvent appeler tant qu’elles veulent à la prière, ma Muse est in, je l’entend par dessus les moulins me coiffer de son chapeau. Passé la peur, aimer rend si différend. Je serais capable de me faire la Manche en traversant le Channel à pied.

L’hippocampe s’est mis en anneau sur l’horizon, il tient bon la voile à la barre. Je te souris vert le fond des yeux, anse qui me protège de la tempête, ton âme est la digue qui fait obstacle aux éperons de l’amer.

 

Niala-Loisobleu – 5 Février 2017