ALEPH ma chair aux épouvantails des curées


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ALEPH

ma chair aux épouvantails

des curées

Alors je vis « l’Aleph »,équin-tricycle

et ce matin vînt du jour dernier d’hier, le déclic amorçant l’ouverture d’un embrayage qui refusait de sortir du stationnement de ces derniers temps. Les roues du moulin meulent et les zèles changent de monture. Rossinante demeurera à jamais dans La Mancha, le grain d’un passage dégourdit les vannes du bief. En ordre dispersé, rue de Verneuil, équin-tricycle ressortent un père faire ailleurs, une mère équinoxe,  le Front Populaire, une et puis deux guerres, bric à brac flibustier se riant des morsures du grinçant. Le film s’échappe des bobines fossé des inventaires de la stricte réalité de mon existence. Orsay musée change de destination….Je suis rien et multiple, marches, colonnes, fronton, double luminaire à l’oeil ouvert, tenant par l’ombilic la Femme aux cheveux arc-en-ciel,  marchant sur le  fil du rasoir, le balancier tenant le caniveau émancipé. Autre et incomparable proximité née d’une fausse distance Nous barbotons nos âges dans nos marres. Un amoureux  glissement d’ailes de canard,  sensuel colle vers, en brouillant les dates de nos révolutions sous l’oeil de nos Anges. Démons et merveilles. Et toujours l’Eternel Cheval, mains tenant, monté d’une statue de Vénus callipyge ne voulant plus voir Vesoul, pour nourrir qu’en Arles peint visible l’olivier à huile de Vincent, à son sein. Aphrodite, soulevant son péplos pour regarder ses fesses, nécessairement superbes, robe blanc et noir, blond pelage,crin yin et yang. Cabanant d’ici à là, un Atelier mobile dresse son  chevalet à l’écart des soupirs du Sade de Venise, mais bien au lit d’ô, des naissances dans la douleur. L’Etoile de lin dans l’autre. Que d’arbres, une médecine végétale forestière sans flacon qui tartine sur  canopée la sève des mots-peints. Lamentations éteintes, murs mis au pilon, les lignes gravent leurs orgasmes en majuscules paraphrastiques. La vie comme dab, faisant son transit de naissances en fausses-couches, des fils-enfants sont décousus du temps qui passe. J’ai craché le sans sur mes nativités.

Poèmes d’Amour, ô Jorge Luis Borges aide-moi, explique-leur l’indicible maux à mots de l’encre qui pleure acide  quand l’araignée se manifeste en orbite et comme tu l’as si bien dit :

….la circulation de mon sang obscur, l’engrenage de l’amour et la transformation de la mort, je vis l’Aleph, sous tous les angles, je vis sur l’Aleph la terre, et sur la terre de nouveau l’Aleph et sur l’Aleph la terre, je vis mon visage et mes viscères, je vis ton visage, j’eus le vertige et je pleurai, car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural, dont les hommes usurpent le nom, mais qu’aucun homme n a regardé : l’inconcevable univers. J-L Borges

 

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Extrait de « L’Aleph » (Traduction de Roger Caillois)

Alors je vis l’Aleph.

j’en arrive maintenant au point essentiel, ineffable de mon récit ; ici commence mon désespoir d’écrivain. Tout langage est un alphabet de symboles dont l’exercice suppose un passé que les interlocuteurs partagent comment transmettre aux autres l’Aleph infini que ma craintive mémoire embrasse à peine ? Les mystiques, dans une situation analogue, prodiguent les emblèmes : pour exprimer la divinité. un Perse parle d’un oiseau qui en certaine façon est tous les oiseaux ; Alanus ah lnulis d’une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part ; Ezéchiel, d’un ange à quatre visages qui se dirige en même temps vers l’Orient et l’Occident, le Nord et le Sud. (Je ne me rappelle pas vainement ces analogies inconcevables ; elles ont rapport avec l’Aleph.) Peut-être les dieux ne me refuseraient-ils pas de trouver une image équivalente, mais mon récit serait contaminé de littérature, d’erreur. Par ailleurs, le problème central est insoluble : 1’énumération, même partielle, d’un ensemble infini. En cet instant gigantesque, j’ ai vu des millions d’actes délectables ou atroces ; aucun ne s’étonna autant que le fait que tous occupaient le même point, sans superposition et sans transparence. Ce que virent mes yeux fut simultané : ce que je transcrirai, successif, Car c’est ainsi qu’est le langage. J’en dirai cependant quelque chose.(..)je vis une petite sphère aux couleurs chatoyantes, qui répandait un éclat presque insupportable, je crus au début qu’elle tournait ; puis je compris que ce mouvement était une illusion produite par les spectacles vertigineux qu’elle renfermait. Le diamètre de 1’Aleph devait être de deux ou trois centimètres, mais l’espace cosmique était là, sans diminution de volume. Chaque choses (la glace du miroir par exemple) équivalait à une infinité de choses, parce que je la voyais clairement de tous les points de l’univers. Je vis la mer populeuse, l’aube et le soir, les foules d’Amérique, une toile d’araignée argentée au centre d’une noire pyramide, un labyrinthe brisé (c’était Londres), je vis des yeux tout proches, interminables, qui s’observaient en moi comme dans un miroir, je vis tous les miroirs de la planète et aucun ne me refléta, je vis dans une arrière-cour de la rue Soler les mêmes dalles que j’avais vues il y avait trente ans dans le vestibule d’une maison a Fray Blentos, je vis des grappes, de la neige, du tabac, des filons de métal, de la vapeur d’eau, je vis de convexes déserts équatoriaux et chacun de leurs grains de sable, je vis à Inverness une femme que je n’oublierai pas, je vis la violente chevelure, le corps altier, je vis un cancer à la poitrine, je vis un cercle de terre desséchée sur un trottoir, là où auparavant il y avait eu un arbre, je vis dans une villa d’Adrogué un exemplaire de la première version anglaise de Pline, celle de Philémon Holland, je vis en même temps chaque lettre de chaque page (enfant, je m’étonnais que les lettres d’un volume fermé ne se mélangent pas et ne se perdent pas au cours de la nuit), je vis la nuit et le jour contemporain, un couchant à Quérétaro qui semblait refléter la couleur d’une rose à Bengale, ma chambre à coucher sans personne, je vis dans un cabinet de Alkmaar un globe terrestre entre deux miroirs qui le multiplient indéfiniment, je vis des chevaux aux crins denses, sur une plage de la mer Caspienne à l’aube, la délicate ossature d’une main, les survivants d’une bataille envoyant des cartes postales, je vis dans une devanture de Mirzapur un jeu de cartes espagnol, je vis les ombres obliques de quelques fougères sur le sol d’une serre, des tigres, des pistons, des bisons, des foules et des armées, je vis toutes les fourmis qu’il y a sur la terre, un astrolabe persan. je vis dans un tiroir du bureau (et l’écriture me fit trembler) des lettres obscènes, incroyables, précises, que Beatriz avait adressées à Carlos Argentino, je vis un monument adoré à Chacarita, les restes atroces de ce qui délicieusement avait été Beatriz Viterbo, la circulation de mon sang obscur, l’engrenage de l’amour et la transformation de la mort, je vis l’Aleph, sous tous les angles, je vis sur l’Aleph la terre, et sur la terre de nouveau l’Aleph et sur l’Aleph la terre, je vis mon visage et mes viscères, je vis ton visage, j’eus le vertige et je pleurai, car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural, dont les hommes usurpent le nom, mais qu’aucun homme n a regardé : l’inconcevable univers.

Jorge Luis Borges (L’ALEPH – Gallimard, 1967)

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8 réflexions sur “ALEPH ma chair aux épouvantails des curées

  1. Les petits chevaux du manège montent à l’aqueux du mickey. Dans le bassin la lune en nage rafraichit mes rêves. Il reste des bribes de voix de Colombine accrochées à mon théâtre de verdure. Bien qu’on ait le doute, l’amour a plus d’une vie à son arc.
    Merci Michele.

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    • Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse. (Montaigne, Essais, I, 24/25 ; nouvelle Pléiade, 2007, p. 143 ; Pochothèque p. 211 ; Villey p. 138).

      Merci Josy, re gardons-nous bien de nous mêmes…

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  2. Aux coeur de déceptions, erreurs sur soi-même, le silence des murs de la conscience se porte faux-témoin. Adepte de l’omerta il reste sur le seuil de l’aveu. Dame où en serait le crime si son auteur plaidait toujours coupable…
    Merci THE OWL – JACOB CRIMINOLOGY.

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  3. Entre chaque bouton, des portes, la peau s’insurge contre le tatouage. Les marques laissées par les lèvres n’ont rien qui grave un signe de propriété. Elles font à la nudité une robe à fleurs pour les ruches. Abeille-moi vite, je serais miel.
    Merci Françoise.

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  4. N’être qu’un passé par là qui y retrouve toujours, est plus qu’une démonstration, fusse-t-elle magistrale, de la dimension du rapport surhumain qui se met en place quand on met ses sens hors de sa peau….
    Merci Emilie.

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  5. Voir et sentir sans que le vent oriente les tendances, en respirant des paumes jusqu’au cal, au point que si les yeux se brouillent de sel, on découvre le goût du poivre, ses magies, scènes transformistes, trapèze-volant et accès aux sphères…
    Merci Isoptech.

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