Aragon, Les Chambres, et : J’appelle poésie cet envers du temps… et +


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Aragon, Les Chambres, et : J’appelle poésie cet envers du temps… et +

Chambres

Un bras autour de toi

Le second sur mes yeux

L’un t’empêche de fuir

L’autre maintient mes songes

Ce lieu fermé de nous

Soudain si je m’éveille

Du sommeil des voleurs

La nuit noire m’y noie

Tout m’est plus que mémoire

À ce moment d’oubli

Dans la forêt du lit

Tout n’est plus que murmure

Et notre tragédie

Au long jeu de dormir

À demi-mots amers

L’obscurité la dit

Absente mon absente

Si faussement que j’ai

Dans mes bras étrangers

Comme une image peinte

Absente mon absente

Si faussement plongée

En mes bras étrangers

Comme une image feinte

J’ai des yeux pour pleurer

Quelle que soit la chambre

Les plafonds s’y ressemblent

Pour être malheureux

Ailleurs sans doute ailleurs

Aussi bien qu’où je suis

Oreille à tous les bruits

Qui braillent le malheur

Au grand vent dans un port

Comme un amant quitté

Au bout de la jetée

Espère et désespère

Et les barques à sec

La grève à marée basse

Et là-bas de mer lasse

Échoués les varechs

 […]

Aragon, Les Chambres, Poème du temps qui ne passe pas,

Éditeurs Français Réunis, 1969, p. 25-27 , repris  dans

Œuvres poétiques complètes, II, p. 1097-1098.

 J’appelle poésie cet envers du temps, ces ténèbres aux yeux grands ouverts, ce domaine passionnel où je me perds, ce soleil nocturne, ce chant maudit aussi bien qui se meurt dans ma gorge où sonne à la volée les cloches de provocation… J’appelle poésie cette dénégation du jour, où les mots disent aussi bien le contraire de ce qu’ils disent que la proclamation  de l’interdit, l’aventure du sens ou du non-sens, ô paroles d’égarement qui êtes l’autre jour, la lumière noire des siècles, les yeux aveuglés d’en avoir tant vu, les oreilles percées à force d’entendre, les bras brisés d’avoir étreint de fureur ou d’amour le fuyant univers des songes, les fantômes du hasard dans leurs linceuls déchirés, l’imaginaire beauté pareille à l’eau pure des sources perdues…

   J’appelle poésie la peur qui prend ton corps tout entier à l’aube frémissante du jouir… Par exemple.

l’amour        l’amour       l’amour          l’amour             l’amour

[…]

Aragon, J’appelle poésie cet envers du temps, dans Œuvres poétiques complètes, II, édition publiée sous la direction d’Olivier Barbarant, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2007, p. 1407.

 …Et +

Les premières mouettes annoncent l’entrée en gare

Le battement des traverses scande déjà moins

Au milieu du drap

Sans consignes nous serons libérés du poids des valises

Lest tombé

C’est une valse

De tourbillonner au bout de la ficelle du cerf-volant

Dans la traversée des nuages du laid

Nous y sommes

Je ne suis plus que ta forme

Moulée à ton empreinte

En corps-à-corps avec les chiens sans l’hallali

Au contrôle des billets nos composts auront fait leur fruit…

Niala-Loisobleu – 3 Janvier 2017

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17 réflexions sur “Aragon, Les Chambres, et : J’appelle poésie cet envers du temps… et +

  1. A l’un…en appelle un autre habitant au m’aime étage…

    Dans Paris il y a une rue;
    Dans cette rue il y a une maison;
    Dans cette maison il y a un escalier;
    Dans cet escalier il y a une chambre;
    Dans cette chambre il y a une table;
    Sur cette table il y a un tapis;
    Sur ce tapis il y a une cage;

    Dans cette cage il y a un nid;
    Dans ce nid il y a un œuf,
    Dans cet œuf il y a un oiseau.

    L’oiseau renversa l’œuf;
    L’œuf renversa le nid;
    Le nid renversa la cage;
    La cage renversa le tapis;
    Le tapis renversa la table;
    La table renversa la chambre;
    La chambre renversa l’escalier;
    L’escalier renversa la maison;
    la maison renversa la rue;
    la rue renversa la ville de Paris..

    Paul Eluard

    Merci Boris

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  2. Dans les chambres d’Aragon, la plus grande en simplicité fut celle qu’il partagea avec Elsa !.

    Nous dormirons ensemble

    Que ce soit dimanche ou lundi
    Soir ou matin minuit midi
    Dans l’enfer ou le paradis
    Les amours aux amours ressemblent
    C’était hier que je t’ai dit
    Nous dormirons ensemble
    C’était hier et c’est demain
    Je n’ai plus que toi de chemin
    J’ai mis mon cœur entre tes mains
    Avec le tien comme il va l’amble
    Tout ce qu’il a de temps humain
    Nous dormirons ensemble
    Mon amour ce qui fut sera
    Le ciel est sur nous comme un drap
    J’ai refermé sur toi mes bras
    Et tant je t’aime que j’en tremble
    Aussi longtemps que tu voudras
    Nous dormirons ensemble.

    L.A.

    Merci Iliane

    J'aime

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