REGAIN DU SANG…Extrait


REGAIN DU SANG…Extrait

 

La terre brisée où je te retrouve

– tes mains puisent à mon visage et j’ai cessé de mordre le vent dans tes cheveux –

cette terre de sacre, de couleurs avides d’ombre tendre compte ses failles avant boire.

Un peu de feu nous tient à distance.

Des armes dorment près de nous qui ne sont pas les nôtres.

Soudain cette hâte à rompre les fruits sur l’étal au plus cru sous le ciel,

et dans la pulpe la lumière fraye

– nous sommes avec l’eau courante le sucre sur la peau,

celui que la faim oublie, qui réveille les langues.

Nous prendrons le chemin à l’heure où l’horizon vacille,

avec ce goût d’orge dans le désert de nos gorges.

Emmanuel Damon

113355854

Peinture d’Emmanuel Damon

 

.

 

LETTRES DE PANDORA 4


LETTRES DE PANDORA 4

Bernadette Griot

2 h, Honolulu
Très chère Athéna,
Dans le dédale de l’amour, rien n’est nécessaire que la naïveté
de l’enfant.
La vérité du désir est la force des choses… Le secret de vivre.
Secret qui n’a de mots que ceux qui tremblent et dévoilent
dans leur solitude l’incessant mouvement de ce que l’on ne
sait pas.
Quand les corps se donnent, ils oublient que la langue, sur la
peau des amants inscrit leurs noms. Au jardin du désir, le lieu
de la volupté est un abîme déchiré. L’aimé le sait-il ?
La parole cicatrise, mais les mots ne sont pas dans le sexe qui,
balbutiant, apprivoise ses tempêtes.
Nommer peut tuer, le savez-vous ?
Pandora

______________________________________________

 

Arrivé aux marches du jour qui ne peut plus taire, les lignes du dessin, en se mettant à trembler, débordèrent à sortir du cadre qu’ils croyaient suivre. En proie aux rugissants le niveau dépasse la ligne de flottaison au point d’extrême gîte. Les plats-bords dessalent avec le mobilier, ne laissant à l’odyssée que des corps flottants autour des canots de sauvetage.

Parmi les péris, l’aimé…

lequel était-ce ?

M’aime le ton chaud éteint son accent de l’étoile, en tombant à côté d’une vie qui perd son nom.

On peut tuer aussi en interférant, y avez-vous songé ?

 

Niala-Loisobleu – 10 Novembre 2016

 

 

y

LETTRES DE PANDORA 3


LETTRES DE PANDORA 3

Bernadette Griot

1 h, Suva, Les îles Fidji
Douce Athéna,
Ici, ma fenêtre sur le monde est l’océan. Pourtant le bruit de
la terre m’est familier et me concerne.
De la houle, j’apprends la tempête et m’y cogne sans savoir.
La femme,
au rêve habitué
, aime au loin le corps d’un poète dont
la peau, caressée trois jours durant, dessine un horizon dérobé par
la distance.
La
Chair
, dit le
Verbe
, et les mots sous la peau appellent à
respirer le dehors. Mais comment le verbe, jeté hors de la chair,
peut-il incarner la parole ?
Le manque est muet. Le manque est silence.
L’absence, une impropriété.
Athéna, vous savez n’est-ce pas, l’ombre erratique de l’amour ?
Votre Pandora
_____________________________________________________________
J’ai cherché dans la brume à liquider l’opacité des vitres. Des mouches y écrivent des histoires pattes toujours claires. Le style Mata-Hari prête à de multiples interprétations.
C’est le passage de la tempête, n’est-ce pas ?
Oui et non…
La Femme se montre masquée du froid dont elle cherche à se protéger par des mots badins. Le cristal du rire absent est servi dans un godet en carton. Ce verbe vient juste faire diversion pour protéger le silence de toute effraction.
Dans le manque le silence n’est pasconcerné
Qu’est-ce qu’un manque en face de sa présence ?
L’ombre erratique de l’amour n’est rien d’autre que sa partie fragmentaire. Aucune couche formant bloc. Un tout détaché de la formation à laquelle il appartenait.
Niala-Loisobleu – 10 Novembre 2016
p1020271