CORPS A L’HORIZON


1-08-2016-1-1

CORPS A L’HORIZON

Et les ténèbres se sont ouvertes une nouvelle fois, et ont dévoilé un corps :

tes cheveux, épais automne, chute d’eau solaire,

ta bouche et la blanche discipline

de ses dents cannibales

prisonnières des marécages.

Ta peau de pain à peine doré

et tes yeux de sucre brûlé

sites où le temps n’a pas de cours,

vallées que seules mes lèvres connaissent

défilé de la lune qui qui monte vers ta gorge depuis tes seins

cascade pétrifiée de ta nuque

haut plateau de ton ventre,

plage sans fin de ton flanc

Tes yeux sont les yeux fixes du tigre

et une minute après

ce sont les yeux humides du chien

ton dos s’écoule tranquille sous mes yeux

comme le dos du fleuve à la lueur de l’incendie.

Des eaux endormies sculptent jour et nuit

   ta taille d’argile

et sur tes flancs immenses comme les

sables de la lune,

le vent souffle par ma bouche

et sa large plainte couvre de ses deux ailes grises

la nuit des corps

telle l’ombre de l’aigle sur la solitude du désert

Les ongles de tes doigts de pied sont faits du cristal de printemps.

Entre tes jambes se trouve un puits d’eau somnolente,

baie où la mer nocturne s’apaise,

noir cheval d’écume,

grotte au pied de la montagne qui cache un trésor,

bouche du four où sont cuites

les hosties.

Souriantes lèvres entrouvertes et atroces,

noces de lumière et de ténèbres

du visible et de l’invisible

(ici la chair attend sa résurrection et le jour de la vie éternelle)

Patrie de sang,

Unique terre que je connaisse, qui me connaisse,

unique patrie en laquelle je crois,

Unique porte vers l’infini.

Octavio Paz

 

Nous n’avons au creux du ventre que le m’aime oeil pour endiguer la crue des vues contraires à l’accomplissement du bonheur simple. Plus d’arbres qui tombent, de pans de routes qui s’effondrent, de mers qui débordent, qu’il n’en faut pour nous couper l’Un de l’Autre, font barrage. Arrachant nos lèvres du baiser où elles nageaient contre toute angoisse déplacée, inquiétude justifiée. Au doute qui assassine devons-nous ouvrir l’allée ou y a que des ficelles de pantin ?

La brutalité de ce qui tranche est plus souvent le signe d’un attachement profond qui veut sauvegarder de l’anéantissement survenant d’un désastre non prémédité. En frappant entre les omoplates le poignard ne fait pas l’ablation du coeur.

L’infini n’a pas d’impossible il est le contraire du décor d’un mythe consacré.

Niala-Loisobleu – 4 Octobre 2016

 

16-1-5

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