Ô si vous saviez comme j’aime avoir toujours pris le parti d’aimer !


Rue de Verneuil

Années 40, Jeannot et Alain,devant le 51 rue de Verneuil Paris 7°

Ô si vous saviez comme j’aime avoir toujours pris le parti d’aimer !

Jeannot, Eric, Christian, où êtes-vous ? Nos maternelles se sont sevrées d’elles m’aime, c’est le plat du jour que la cantine met à la carte. Ribouldingue à pieds entre le Louvre et l’Elysées-Montmartre.Nous y voilà au pavé, puti c’est que ça cogne dans la poitrine quand la java tourne au pugilat. « L’Année terrible »pour les enfants du même nom, un cocktail molotov que les guerres allument épisodiquement

– Le monde n’en finira donc jamais de devoir être refait, fait un quidam aux guichets Rivoli ?
– Pardon Monsieur mais tout entrepreneur qui gagne le marché s’y emploie. Sitôt adoré, sitôt brûlé pour non respect présumé des attentes.

Le gogo ne demande que ça. L’apparence il en veut.
Mon tailleur est riche, c’est faux de dire que le peuple va nu pieds, il se fait tailler des costards sur mesure. Du prêt-à-porter il en veut pas.Doit y avoir une différence entre le devoir et le droit. « Moi-je ». Dupont & Dupont, me le disaient avant-hier, dans les années 80, travailler plus pour gagner moins c’était  absurde quand on pouvait s’inscrire au chômage et gagner plus en foutant rien. Nous vivons de la combine, les années du loisir on primé sur le goût au travail. Ah le mythe errant, un foutu jocrisse, raté d’la droite a viré à gauche pour gagner. Ce fut vivement Dimanche…pour caviarder Jaurès.Qu’en reste-t-il du tant de la cerise ? Que dalle, même pas le gâteau.

Les balais s’emmanchent les uns aux autres. Je vieillis à rajeunir de jour en jour. A preuve après plus de trente ans de perte de mes enfants v’là t’y pas qu’un de mes petits-fils dit à ses parents :

« Pour mes 18 ans j’veux connaître mon grand-père ».

Ouah ça tangue mais attends c’est pas fini, dans le même colis j’apprends qu’un petit Nao me fait arrière-grand-père pour la seconde fois.

J’savais bien que la méchanceté, fusse-t-elle d’une mère égocentrique pouvait pas aller à terme. La justice immanente, ben ouais ça existe. L’amour j’lai payé au prix fort. Mais il est là plus vivant que jamais. Et sur mon grand bassin des Tuileries je flotte avec mon Coeur à bord.

Ô si vous saviez comme j’aime avoir toujours pris le parti d’aimer !

 

LES TUILERIES


Nous sommes deux drôles,
Aux larges épaules,
De joyeux bandits,
Sachant rire et battre,
Mangeant comme quatre,
Buvant comme dix.

Quand, vidant les litres,
Nous cognons aux vitres
De l’estaminet,
Le bourgeois difforme
Tremble en uniforme
Sous son gros bonnet.

Nous vivons. En somme,
On est honnête homme,
On n’est pas mouchard.
On va le dimanche
Avec Lise ou Blanche
Dîner chez Richard.

On les mène à Pâques,
Barrière Saint-Jacques,
Souper au Chat Vert,
On dévore, on aime,
On boit, on a même
Un plat de dessert !

Nous vivons sans gîte,
Goulûment et vite,
Comme le moineau,
Haussant nos caprices
Jusqu’aux cantatrices
De chez Bobino.

La vie est diverse.
Nous bravons l’averse
Qui mouille nos peaux ;
Toujours en ribotes
Ayant peu de bottes
Et point de chapeaux.

Nous avons l’ivresse,
L’amour, la jeunesse,
L’éclair dans les yeux,
Des poings effroyables ;
Nous sommes des diables,
Nous sommes des dieux !

Nos deux seigneuries
Vont aux Tuileries
Flâner volontiers,
Et dire des choses
Aux servantes roses
Sous les marronniers.

Sous les ombres vertes
Des rampes désertes
Nous errons le soir,
L’eau fuit, les toits fument,
Les lustres s’allument,
Dans le château noir.

Notre âme recueille
Ce que dit la feuille
À la fin du jour,
L’air que chante un gnome.
Et, place Vendôme,
Le bruit du tambour.

Les blanches statues
Assez peu vêtues,
Découvrent leur sein,
Et nous font des signes
Dont rêvent les cygnes
Sur le grand bassin.

Ô Rome ! ô la Ville !
Annibal, tranquille,
Sur nous, écoliers,
Fixant ses yeux vagues,
Nous montre les bagues
De ses chevaliers !

La terrasse est brune.
Pendant que la lune
L’emplit de clarté,
D’ombres et de mensonges,
Nous faisons des songes
Pour la liberté.

Victor Hugo

La cabane laisse l’horizon s’entrevoir entre ses planches. Par la Cayenne le chenal est ouvert. La route de sel que j’aime flotte de tous ses rubans !

Niala-Loisobleu – 16 Août 2016

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