A ma Muse, Que si je ne l’aimais pas seulement je mourirai


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A ma Muse

Que si je ne l’aimais pas

seulement je mourirai

Niala-Loisobleu – 09/08/16

Yannis Ritsos – La Symphonie du printemps

Symphonie du printemps
Publié en 2012 aux éditions Bruno Doucey un texte de Yannis Ritsos dont c’est la première parution en français, en version bilingue avec une traduction du grec de Anne Personnaz.

Cette Symphonie du printemps date de 1938. Dans le Poète d’aujourd’hui consacré au poète en 1973, Chrysa Prokopaki écrit : « La  découverte de l’amour, l’euphorie de la vie grâce à l’amour s’expriment dans le livre suivant, Symphonie du printemps. La présence d’une femme qui vient effacer les traces d’un passé morne, apportant la vie et la jeunesse, domine tout ce poème. Les jours anciens reviennent dans la mémoire comme une contrée lointaine, au goût de cendre. Aux yeux éblouis du poète, s’ouvre un monde tout frais, tout neuf. »

Je quitterai
le blanc sommet enneigé
qui réchauffait d’un sourire nu
mon infini isolement.

Je secouerai de mes épaules
la cendre dorée des astres
comme les moineaux
secouent la neige
de leurs ailes.

Ainsi un homme, simple et intègre
ainsi tout joyeux et innocent
je passerai
sous les acacias en fleurs
de tes caresses
et j’irai becqueter
la vitre rayonnante du printemps.

Je serai l’enfant doux
qui sourit aux choses
et à lui-même
sans réticence ni réserve.

Comme si je n’avais pas connu
les fronts mornes
des crépuscules de l’hiver
les ampoules des maisons vides
et les passants solitaires
sous la lune
d’Août.

Un enfant.

In Symphonie du printemps, © Bruno Doucey, 2012, p.19

Dans la préface du recueil Bruno Doucey écrit : « Un hymne à l’amour, à la nature, à la vie. Plus encore, un chant de haut vol, dans la pure tradition des chants que nous offre la littérature grecque depuis Homère. La publication de ce texte, enfin traduit dans notre langue, pourrait paraître commune si elle ne répondait à deux exigences majeures de toute grande littérature : Symphonie du printemps est d’abord un antidote à la crise effroyable que traverse Yannis Ritsos dans les trente premières années de sa vie. Ce texte écrit en 1937-1938 prend aussi, dans le contexte actuel, une autre dimension. Comme si le soleil d’hier s’étirait sans se rompre jusqu’à l’horizon d’aujourd’hui. »

Ritsos allie l’art des mots simples au passage du personnel à l’universel. C’est la marque des plus grands dont la parole grandie dans une histoire individuelle, ancrée dans une culture, porte son écho à tous.

Nous tendons nos bras
au soleil
et nous chantons.

La lumière gazouille
dans les veines de l’herbe
et de la pierre.

Les cris de la vie
ont déployé les branches
arcs puissants.

L’écorce des arbres
verte et luisante
brille
– robe rayée déployée
sur de seins naissants de paysanne.

Comme nous aimons
nos corps sensuels.

Ne nous priez pas de partir.
enfermés dans notre corps
nous sommes partout.

Chaque oiseau
qui plonge dans l’azur
chaque petite herbe
qui pousse au bord du chemin
nous apporte le message de Dieu.

Les êtres
passent près de nous
beaux aimés
revêtus
de notre rêve de notre jeunesse
et de notre amour.

Nous aimons
le ciel et la terre
les hommes et les bêtes
les reptiles et les insectes.
Nous sommes nous aussi
tout à la fois
et le ciel et la terre.

Notre corps orgueilleux
par la beauté de la joie.
Notre main toute puissante
par l’ardeur de l’amour.

L’amour dans son poing
contient l’univers.

Ibid, p.77

Dans un numéro de la revue Europe d’octobre 1993, Charles Dobzynski conclue un Pour saluer Ritsos par ces mots : « La poésie de Ritsos est cette exigence tenace : déclencher entre nous et nos mots, entre nos mots et nos actes, entre nos actes et les choses, entre les choses et leur commune désignation, une sorte de transfert d’énergie, un courant inversé qui aurait le pouvoir d’irriguer et d’iriser notre intelligence du monde. Les données de notre existence appartiennent à l’ordre élémentaire, à l’ordre tellurique, à l’ordre complexe et mutable de l’univers. Mais le donné ne nous est jamais offert, ni acquis. C’est lui qu’il faut intercepter et extraire des ténèbres primitives. Et le langage de Ritsos, dans la mine de notre nuit, me semble à coups de pic, à coups de mots et d’images inouïes, abattre des blocs de songe pareils à l’anthracite, des éclats de diamant pareils à ceux qui nous parviennent des plus lointaines étoiles comme un signe de la naissance de l’univers.

Et le poète grec Yannis Ritsos nous a donné cette joie-là, qui nous demeure comme un legs, d’assister, dans la poésie, à la naissance d’un univers. »

Le jour se lève.
La brume se retire.
Les choses
dures brillantes et non démenties.

Je ne sais combien de mois nous dormîmes.
Oubliés nous fûmes oublieux
dans un éblouissement dense
de nuit et de soleil.

Je ne pleure pas
parce que le sommeil m’a renié.
Derrière notre jardin
existent aussi d’autres jardins.

La mort gravit
échelon après échelon l’échelle
qui mène au ciel.

S’enfuit l’été
mais la chanson demeure.

Pourtant toi qui n’a pas de voix
où te réfugier à l’abri du vent ?
Comment accorderas-tu la lumière à la terre ?

Ouvre les fenêtres
qu’entre la lumière
l’indomptée rafale du vent
l’haleine âcre
des montagnes grandioses.

Regarde l’inépuisable sourit
devant les bras croisés.
Délie les bras.

Ouvre les fenêtres
afin de voir l’univers en fleurs
de tous les coquelicots de notre sang
– que tu apprennes à sourire.

Tu ne vois pas ?
Dès lors que s’éloigne le printemps
derrière lui arrive notre nouveau printemps.

Le voilà le soleil
par-dessus les cités de bronze
par-dessus les vertes terres
en nos coeurs.

Je sens aux épaules
le fourmillement intense
alors que poussent
toujours plus jeunes et plus larges
nos ailes.

Relève tes cils.

Le monde resplendit
hors de ta tristesse
lumière et sang
chant et silence.

Mes chers semblables
comment pouvez-vous
encore vous courber ?
Comment pouvez-vous
ne pas sourire ?

Ouvrez les fenêtres.

Je me lave à la lumière
je sors sur le balcon
nu
pour respirer à fond
l’air éternel
aux fortes senteurs
de la forêt humide
au goût salé
de la mer infinie.

Le monde resplendit
infatigable.
Qu’il soit regardé.

Ibid p. 133

 Source La Pierre et le Sel 10 Mai 2012

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L’Amitié – Pablo Picasso

QUESTE


 QUESTE

Sur l’infinité

Main n’ayant de ligne de flottaison que son bras où l’aisselle vaque aux herbes folles. Jamais traitées

Laisse la mort à la haine-ignore le rictus d’incapacité- le couple se traduit spontanément casse la grammaire de l’écriture automatique

Où se tait une douleur partagée, avance la croisade sous le trait du rai

Elle déployée

inestimable présent ignorant  toute distance

Emoi de m’aime

venu, vogue de concert

Mon Autre deux mains

noué monte à cru

foulard insigne de sa blancheur

bat l’anse au graal

Niala-Loisobleu – 9 Août 2016

 

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