LE PEINTRE HABITE


Dorina Costras ==

LE PEINTRE HABITE

Saurai-je dire ce tableau, le parler dans tout son silence ?

C’est d’abord inconsciemment, puis avec de plus en plus de netteté, sentir mon esprit s’imprégner d’une réflexion en état de germination . L’intime, le secret de l’être se  retrouvent face à la fenêtre.du présent, regardant passer des bouffées de vie, dans des rues de bien des évènements. La pâte picturale les a massé, désireuse d’atteindre la 3° dimension. Celle qui viendrait conclure par un acte en quelque sorte testamentaire. Pour transmettre sans adresse un rêve à poursuivre

Les gens du voyage dont je suis, croisent des arbres rouges aux veines nourricières faites de petits chemins, flottant à bord des rus, pour joindre le dos des fleuves. Croisant des roulottes où les chevaux sont basanés, les filles sauvages et les garçons fiers, on voit les maisons passer sur des nuages, percés de fenêtres à l’orée des forêts rousses d’écureuils. Rien n’est anormal, excepté ce qui tien debout.

Monologue à deux voix, le coeur et l’âme en tête-à-tête se projetent les paysages d’un amour insensé, n’obéissant à aucune des règles de la raison qui parle de possible en mots de néant. Vigoureux comme un rejet qui part du pied du tronc, frêle comme une herbe se foutant pas mal des géants de tous poils; qui n’a rien à cirer de la majesté de la race, seulement besoin d’aller donner sa sève à la vie.

Enfant hors d’âge. Innocent comme un simple d’esprit que le soleil habite de l’intérieur.

Que fais-je ici, dans un monde qui s’acharne à ne pas être pas le mien, par défaut d’humanité ?

Depuis le temps que mes billes roulent dans les cours de mes écoles, j’ai appris que la case prison existe dans tous les jeux. Si bien que je m’en suis libéré par quête d’absolu. D’où ces refus de porter du noir à mes lèvres quand la mort viens trop près. Il faut que je vole d’une toile à l’autre avec mes mots de couleur.

Que fais-je ici ? Mais rien d’autre qu’aimer en dépit de tout ce qui le contredit, de l’Amoureuse plein la musette, des yeux bleus au travers la coupole, mon institut c’est sa beauté intérieure, ses pattes d’oies autour du torse c’est mon capitole retraite, le Paul avec l’Eluard, grimpant les escaliers des arcs-en-ciel, sans mes soufflets du quotidien, à tirer le Char sans harnais en vue du Roberto Juarroz vertical..

« Ici, la nature était une chose sauvage, effroyable, et pourtant belle. Je regardais avec une crainte mêlée d’admiration le sol sur lequel je marchais pour observer la forme, le matériau et le travail des Puissances. C’était là, cette terre dont on nous a parlé, faite de chaos et de ténèbres. Ici, nul jardin pour l’homme, mais le globe intact. Ni pelouse, ni pâture, ni prairie, ni bois, ni pré, ni terre labourée, ni friche, c’était la surface fraîche et naturelle de la planète terre, telle qu’elle fut faite pour l’éternité des temps afin d’être, croyons nous, la demeure de l’homme. Ainsi la nature l’a conçue et ainsi l’homme en use, s’il le peut. Mais il n’a pas été crée pour lui être associé. C’était une matière vaste et terrifiante (Et non la Terre mère), elle n’était pas faite pour qu’on y marche et pour qu’on y soit enterré. Non, ce serait encore se montrer trop familier que de laisser ses os y reposer. Si c’était une demeure, c’était celle de la nécessité et du destin. On pouvait clairement sentir à cet endroit la présence d’une force qui n’était pas tenue de se montrer bienveillante envers l’homme. C’était un lieu de paganisme et de rites superstitieux destiné à des êtres plus proches des rochers et des bêtes sauvages que nous le sommes…Que sont les myriades d’objets singuliers d’un musée auprès de la surface d’une étoile, auprès de quelque objet dur dans sa gangue ? Je suis là et je regarde avec respect mon corps; cette matière à laquelle je suis lié me semble maintenant tellement étrange. Je ne crains pas les esprits, les fantômes (j’en suis un), comme pourrait le faire mon corps, je crains les corps, je tremble d’en rencontrer. Qu’est ce que ce Titan qui me possède ? Parlons des mystères! Pensons à notre vie dans la nature, dont nous voyons la matière et avec laquelle nous sommes en contact chaque jour! Rocs, arbres, souffle du vent sur nos jours! La terre solide! Le monde réel! Le sens commun! En contact, en contact! Qui sommes-nous? Où sommes-nous?»

Henry David Thoreau, Ktaadn.

J’ai l’amour chevillé au corps et ne suis qu’un sauvage qui cultive le bonheur par irrigation de larmes. Rien d’autre qu’un passant qui s’attarde au bord de la voix des arbres à méditer les paroles du vent dans les feuilles. Savoir que je ne laisserai rien de moi donne plus que de la prospérité au présent quotidien.

Niala-Loisobleu – 19 Juin 2016

Gi.Cigarro©Estelle.Valente-1024x700

8 réflexions sur “LE PEINTRE HABITE

  1. Comme j’aime tes mots qui peignent ton monde
    Comme j’aime tes tableaux qui écrivent une vie intègre
    Peau-aime de tout ce qui est beau ❤️
    Tous les chemins de traverse mènent à l’Amour…
    Mon cœur gitan salue ton âme nomade ❤️

    Aimé par 1 personne

  2. À peine eus-je écrit ces lignes que la vie me confronta à ce qu’elle peut avoir de contradiction.. Comme le dernier mohican qui ne voit plus une seule plume autour de lui, en ce jour de réunion familiale, ma profession de foi me claqua la gueule comme le boomerang qui fait demi-tour sans prévenir .
    Devant moi un garçon de 20 ans tirait tout ce que le dégoût de vivre peut donner de nausée. Mon petit-fils, maussade, amorphe, agressif, sans la moindre raison témoignait par sa présence le ratage par excellence . Depuis deux ans d’échecs en tous genre il se refuse à voir autre chose que sa mélancolie profonde. Se complaisant dans la peau de victime.
    -Victime de quoi, de qui lui demandai-je ?
    -J’sais pas répondit-il…
    Je suis allé vomir !
    Merci Madame lit.

    J'aime

  3. Triste jeunesse
    Que le vent pousse
    Sur les vagues
    Du vague à l’âme
    Je fais le vœu
    Que le petit prince d’Égypte
    Retrouve la vague-abondante
    Force de vie…

    J'aime

    • C’est autre chose que le vague à l’âme propre à l’ado. Il s’agit d’un mal être qui émane de l’évolution générale de la société. Ne plus travailler, juste toucher un salaire. Apparaître en qualité de casseur, masqué comme il se doit quand on est assez lâche pour démolir une devanture d’hôpital pour enfants, avoir des tendances soixante-huitardes évoluées fascistes…vive la tolérance de l’extrémisme, égorgement compris., merci le laxisme et la démagogie de plusieurs décennies…

      Aimé par 1 personne

  4. Ce que j’ai pissé de sans
    m’a purifié par son rin d’infamie
    J’eusse aimé voir un grain
    casser la gueule à l’ivraie….

    Merci Elisa.

    J'aime

  5. CHAOS

    Il n’y a personne pour nous dans le monde
    tant l’incandescence emporte tout
    passage ardent, amour fervent,
    j’ai cru à la rédemption des sillons de feu du poème
    j’ai cru à la tourmente des ailes de papillon dans la lumière
    j’ai cru à la nostalgie de l’enfant du vieil homme et la mer
    s’est levée la tempête, le bateau de l’amour s’est heurté au réel
    des torches brûlantes ont incendié les habitudes
    et nul n’a su dompter les mots de l’horreur

    Pour vous les brulées vives
    D’avoir résisté au viol
    Pour vous les égorgés,
    D’avoir osé votre parole

    Des monceaux de corps assassinés
    Voilà la frontière de l’humanité

    Où sont la lune et les étoiles ?
    Où est le soleil ?
    Où est la galaxie fraternelle
    Et la tendre voie lactée ?

    Dévastée, les douleurs, les massacres
    Notre refus des choses, nos chants
    Rien, pas même la pitié
    Nous tentons d’inventer la langue
    La phrase déchiquetée des chairs,
    La violence, la guerre
    Nous écrivons dans la terreur du miroir

    La crue nous inonde
    Et noie nos espérances
    dans les tranchées du temps
    nous voulons porter la rage de vivre
    dans la laine frémissante du désir.

    Nicole Barrière

    Merci Sally !

    .

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.