SANS OMBRE


 

 Michael_Whelan_05

SANS OMBRE

 

Sans chercher la chaise où l’étagère où j’aurais pu laisser ma tête, pas besoin de rassembler les idées. La couleur de ma vraie nature ne se siffle pas pour revenir. Du chien j’ai l’aboi, la fidélité et l’ardeur sensuelle, mais que dalle du susucre. Surtout pas vouloir me caresser dans le sens du poil, je mords les flagorneurs.

D’île en île, je vais….St-John-Perse, hier mis en tête à mon convoi personnel de poètes-amis. C’est vrai que nous avons la géographie en partage, convaincu tout comme lui, que la poésie c’est avant tout dire l’individu, ce que l’on est, seul à deux toujours, au milieu des autres, non noyé, nageur libre dans son odyssée

L’horizon ne change que par la peinture fraîche qu’on y pose.

Les matins peuvent avoir la gueule des soirs. Au terme d’un jour où les devantures n’ont rien su proposer, que la boule terrestre est à plat. Les reliefs n’existent plus que dans le vide de leurs assiettes. Le néant est d’un poids terrifiant. Le vent lui retrousse et avive. Ne mets pas de culotte mon Amour que je sente au millimètre la beauté de l’estuaire à la gîte de ton erre.

 

Chanson

 Mon cheval arrêté sous l’arbre plein de tourterelles, je siffle un sifflement si pur, qu’il n’est promesses à leurs rives que tiennent tous ces fleuves.

Feuilles vivantes au matin sont à l’image de la gloire…

Et ce n’est point qu’un homme ne soit triste, mais se levant avant le jour et se tenant avec prudence dans le commerce d’un vieil arbre,

appuyé du menton à la dernière étoile,

il voit au fond du ciel de grandes choses pures qui tournent au plaisir.

Mon cheval arrêté sous l’arbre qui roucoule, je siffle un sifflement plus pur…

Et paix à ceux qui vont mourir, qui n’ont point vu ce jour.

Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance.

 

Enfance, mon amour, j’ai bien aimé le soir aussi

c’est l’heure de sortir.

Nos bonnes sont entrées aux corolles des robes…

et collés aux persiennes, sous nos tresses glacées, nous

avons

vu comme lisses, comme nues, elles élèvent à bout de

bras l’anneau mou de la robe.

Nos mères vont descendre, parfumées avec l’herbe –

à-Madame-Lalie… Leurs cous sont beaux. Va devant et

annonce Ma mère et la plus belle ! – J’entends déjà

les toiles empesées

qui traînent par les chambres un doux bruit de tonnerre…

 

Et la Maison! la Maison ?.. on en sort !

Le vieillard même m’envierait une paire de crécelles

et de bruire par les mains comme une liane à pois, la

guilandine ou le mucune. Ceux qui sont vieux dans le pays tirent une chaise sur

la cour, boivent des punchs couleur de pus.

St-John-Perse

La pierre au pied de l’arbre qui parle, voici que viennent les parfums du frisson de ta chair. Il n’y a plus de tons rabattus, les pigments ont pris feu, faisant choir la monotonie de son piédestal. La cabane se donne aux marées, offrant son asile aux nageoires de tons maritimes. Le silence nous colle l’un dans l’autre au langage des fleurs.

Niala-Loisobleu – 13/05/16

 

Valeri tsenov - Nature dress