GRAND ANGLE


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GRAND ANGLE

Dans une forte brûlure mon oeil prenant ma main, la posa sur la feuille que tu venais d’inscrire sur le sol. Elle avait pris les fauves traces de l’incendie de saison.Pas des rouges comme les puritaines en portent sur la blancheur des fesses, quand leur culotte s’écarte au repli d’une pensée refoulée. Des rouges venus du feu qu’un soleil rôti au premier verre d’une vendange tardive. Francs comme la flamme de la pierre d’âtre. Comment m’écrirais-tu mieux ton amour qu’avec ces mots que ton langage discrimine de la parole-crécelle. Cette couleur recuite, porte l’ambre du chêne bien avant d’avoir été endormie au tonneau. Toute chaleur cosmique s’alliant pour germer la grossesse au sillon du ventre protecteur.

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Extrait de Nadja de André Breton

Nous tournons par la rue de Seine, Nadja résistant à aller plus loin en ligne droite. Elle est à nouveau très distraite et me dit de suivre sur le ciel un éclair que trace lentement une main. « Toujours cette main. » Elle me la montre réellement sur une affiche, un peu au-delà de la librairie Dorbon. Il y a bien là, très au-dessus de nous, une main rouge à l’index pointé, vantant je ne sais quoi. Il faut absolument qu’elle touche cette main, qu’elle cherche à atteindre en sautant et contre laquelle elle parvient à plaquer la sienne. « La main de feu, c’est à ton sujet, tu sais, c’est toi. » Elle reste quelque temps silencieuse, je crois qu’elle a les larmes aux yeux. Puis, soudain, se plaçant devant moi, m’arrêtant presque, avec cette manière extraordinaire de m’appeler, comme on appelerait quelqu’un, de salle en salle, dans un château vide : « André ? André ? … Tu écriras un roman sur moi. Je t’assure. Ne dis pas non. Prends garde : tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous, il faut que quelque chose reste… Mais cela ne fait rien : tu prendras un autre nom : quel nom veux-tu que je te dise, c’est très important. Il faut que ce soit un peu le nom du feu, puisque c’est toujours le feu qui revient quand il s’agit de toi. La main aussi, mais c’est moins essentiel que le feu. Ce que je vois, c’est une flamme qui part du poignet, comme ceci (avec le geste de faire disparaître une carte) et qui fait qu’aussitôt la main brûle, et qu’elle disparaît en un clin d’oeil. Tu trouveras un pseudonyme, latin ou arabe. Promets. Il le faut. » Elle se sert d’une nouvelle image pour me faire comprendre comment elle vit : c’est comme le matin quand elle se baigne et que son corps s’éloigne tandis qu’elle fixe la surface de l’eau. « Je suis la pensée sur le bain dans la pièce sans glaces. »

Au lavoir de la nouvelle lune, les draps du ciel ont muté leur couleur. Il se peut que plus rien ne soit bon des noms que nous connaissions pour les citer. L’étrange est si fort, que sans pouvoir user d’un ordinaire appris, on sent que les barrages d’une manière de vivre cèdent. Nôtre sensibilité avance sans devoir reculer. Nous ne rougirons plus de ce qu’ils appellent « nôtre hérésie », nous voici dans l’âme de l’automne, ouverts au printemps. Le déni franchi de tout uniforme que la coutume se doit de faire porter, la Poésie se faisant nôtre unique Expression.

Sorte d’architecture ramenant au concept de la cathédrale avant que le dogme le gouverne.

Niala-Loisobleu

8 Novembre 2015

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https://www.youtube.com/watch?v=DkmFgQ9fM94

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