JE LUI DIRAI


Anna Carll_paintings_artodyssey (15)

JE LUI DIRAI…

Wateman

sanguine bâton de craie
Au cadran de mon ardoise
La pendule siffle plus de trois fois et la gare souffle ses fumées
Que le ponton attache en remorque pour touer le temps
Train qui coupe la montagne d’un cri de gorge
Ouvrant les sabords pour tirer l’étoile du tunnel
Voici le seuil du silence arrête ton geste à la porte
Il n’est plus d’heure juste cet instant
Sans jour ni mois ni an
L’éphéméride cerne l’éternité de l’ennui
Comme tous les chemins d’avance tracés
D’aventure je veux apprendre l’écriture
Avec toi
Avec le vers de tes yeux
Avec les couloirs de tes dents
Avec tes cris fauves
Avec tes frôlements qui forcent le roc à se fendre
Avec tes branches de toutes les essences vêtues
Avec l’antre pour la solitude
Avec les secrets issus des vergers d’où nous venons
Avec les mains qui puisent la force dans les talons de la fuite
Avec les doigts qui cultivent dans l’aride
Avec les fenêtres que la mer garde ouvertes
Avec notre terre qui est aux cieux
Avec les refus de n’être pas
Avec tout ce que je ne te dirai pas des lèvres
Avec tout ce que tu entendras sourdre du silence
Et sans rien d’autre que le bruit de nos convictions
A la greffe du regard
Nous nous respirerons le coeur au rythme de ses danses
Tango
Blues
Salsa
Que nos mains coulissent aux cordes de nos reins rasta
Galbe du râle qui soul comme le cri de la négritude
Allant aux urnes de l’émancipation jeter les fers
A Cadaquès les montres ont molli dans les aiguilles de l’avidité
Tandis qu’un cheval andalou accouchait le soleil

Le coup de corne et la mort triangle
A cinq heures du soir.
Il était juste cinq heures du soir.
Un enfant apporta le blanc linceul
à cinq heures du soir.
Le panier de chaux déjà prêt
à cinq heures du soir.
Et le reste n’était que mort,rien que mort
à cinq heures du soir

Jusqu’au terminus
Pour le changement de gare
Le dernier train
Je lui dirai
De tous les pigments d’où jaillit le sang de l’amour
De l’obstination de vieillir enfance intacte
De ce que la tripe extrait des chaînes de la misère humaine
Je lui peindrai mes mots bleus
Je lui tisserai d’amour chaque fil de ses couleurs
Pour la joie

Niala-Loisobleu
9 Septembre 2015

15 - 1 (1)

https://www.youtube.com/watch?v=cIN8R5eYa3Y