BORD DE PIERRE


BORD DE PIERRE

Il est des cris plaintifs qui se tordent les bras,
Mordus entre les dents, avortés sur les lèvres,
Des fards astucieux masquant l’ardeur des fièvres,
Et des corps moribonds sous la fraîcheur des draps.

La douleur nous fait honte en nous prenant pour cible.
Cherchons le mot qui trompe et le regard qui ment !
Le sanglot doit se perdre en un ricanement,
Et le cerveau bondir sous un flot impassible…

Combien rencontrons-nous de chaos inconnus,
Pantins qui crisperaient, enfin réels et nus,
Leurs traits démaquillés à la clarté des lampes !

Ignorons-nous assez les larmes et le sang !…
Et près des volets clos qu’on regarde en passant,
L’anneau froid des canons appuyés sur les tempes !

Jean Cocteau
In Œuvres poétiques complètes, © Pléiade-Gallimard,2005, p. 1302/1303

Que de chemins bas peut avoir la verticale avant d’être atteinte
si temps est qu’on en passe le premier échelon
Elle tient fait néant
cette maudite horizontale

Et puits
la vérité
serait si lourde
qu’au fond du bout des et puis elle stagne ?

La pierre qui bute dans la chaussure
égratigne à ce point la plante
qu’au jardin le potager fane dans la soupe
et la fleur dans les vases s’enlise

Aimer si je n’étais pugnace
m’aurait envoyé au ban des désespérés

Niala-Loisobleu
10 Octobre 2014