CARTE POSTALE


  CARTE POSTALE A présent je sais bien que ton paysage pousse de chemins qui ne reconnaissent pas ce qu’ils ont prétendus vouloir. Il y a eu des maisons aux chambres blanches tournées vers la lumière, sans qu’il soit question de latitude, des orées posées au fond des déserts, de l’eau et puits taris rien qu’un salpêtre ne retenant pas l’intérêt des sauniers. Il semblait pourtant que rien ne pouvait leur déchirer les mains, à nos jours levés. Ignorant l’embarras de projets fastidieux, au bout du conte, nous faisions naturellement l’économie des mirages, sans nous priver de l’utopie essentielle. Alors lequel a menti de tous ces cailloux mis en bordure ? Pas le mien puisqu’il est brillant de présence scintillante. Plus fou sans doute par l’amputation de tes quatre membres, alors qu’on ne peut pyramider tout seul. Le virage c’est dans la montée qu’il est toujours le plus dangereux, il faut se prendre le guidon dans les pédales, et pousser, en descente on tant d’aime de tant de rires, que la joie transpire sans les mauvaises odeurs de la sueur. Quelques arbres ont mouru d’autres qui sont restés végètent, au loin des jachères que les brumes baladent de ci de là, comme on sort le gosse pour pisser, et le chien pour que les caravanes aboient. Faut mettre du bruit sur la photo de l’horizon, ça la retient pas de jaunir, ça fait juste tourner le présentoir des cartes-postales. Loisobleu 12 Juillet 2014


 

 

 

A CONTRE TEMPS


A CONTRE TEMPS…

Je suis le passant des ruelles de vos chemins vicinaux
Je place du tertre sous l’olivier au Mas de Cocagne
La femme à barbe où je trône en fête épile mes mots laids
D’ici et de là, je vous regarde un de mes songes noué à vos couettes
Rêve qui ignore le changement d’heures aux pendules des saisons
L’un passe, la voie est tout verte aux brebis des causses
Petit caillou deviendra pierre au Nil d’un levé du soleil
Au fond de ma poche j’empaume tes seins
Rien n’est plus près de soi que ce qui est en apparence très loin
On voit trop mal de près ce qui est lié d’habitude
Ne m’attrapent que les mains libres
Quel jour es-tu que je t’écrive à la page
Mon cheval est assis sur le lit de ma roulotte
Le vent nous pousse et nous tracte à son gré et à l’unanimité de l’équipage
Hier un enfant en nous voyant près de la fontaine, a demandé :
Crin Blanc, c’est lequel ?
Carmen a rit comme une crémière, ah la vache
Je suis d’Est jusqu’en Sud quand la marée descend
Du Nord quand Léon remonte la mer au pied du beffroi
Puis file à l’Ouest border le soleil d’une histoire à le faire dormir debout à côté du coq
La poussière des quatre-routes aux semelles , le cheval et moi, cirons les mocassins des étoiles
Un cheveu de ton ventre sur la langue je zozote entre tes dents l’émoi de toi
Si j’avais été paysagiste je t’aurai peint sur le motif
Mais j’ai trouvé meilleur et surtout plus beau de te pore traiter sur le vif
Couleurs du temps où je ne fais que passer
De vous je ne garderai que le bleu d’elle pour voyager à contre temps

Loisobleu
12 Juillet 2014